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mercredi 14 avril 2021

[Dossier] : Le doublage "Made in Roma" - 2eme partie : Entretien avec Geneviève Hersent

Vous avez été très nombreux à lire et apprécier la première partie du dossier sur notre fière équipe de comédiens francophones à Rome. Vos nombreux retours, ici ou en off, m'ont vraiment touché en plein cœur et j'avoue que je n'aurais jamais imaginé que cela puisse autant vous passionner. Si j'avais déjà des doutes quant à la nature même du sujet, bien que vous l'ayez constaté, cela a finalement largement débordé du cadre initial du doublage, j'avais aussi des doutes quand à la forme du dossier. Serait-il facile et intéressant à suivre ? Ne serait-il pas trop long au point de vous perdre à mi-chemin ? Il semblerait que mes craintes n'étaient pas vraiment fondées et que la mission ait finalement été accomplie avec brio, ce qui me permet aujourd'hui de vous présenter enfin la seconde et dernière partie de notre dossier, ce formidable entretien que j'ai pu avoir avec Geneviève Hersent, immense dame aux vertus et talents multiples, et que je ne remercierai jamais assez pour sa gentillesse, sa disponibilité, son humour, son courage et sa joie de vivre...
Et vous allez voir, la première partie n'était finalement presque qu'un moyen de poser quelques bases importantes, afin de mieux saisir tout ce que vous allez lire. Donc si vous avez aimé la première partie du dossier, attendez donc de lire ce qui va suivre... Et attention, c'est encore plus long et fourni que la partie de l'enquête ! Alors n'hésitez pas à faire quelques pauses de temps à autres, le nombre d'informations pourrait être trop dur à digérer sinon. Car cet entretien ne s'est pas déroulé en une seule fois, il s'agit de très très très nombreux échanges par mails que j'ai remontés pour rendre le tout bien plus fluide et compréhensible. Et ça m'a demandé des semaines de travail. Par contre, vous m'excuserez pour la gène, mais les nombreux copier/coller semblent avoir perturbé le traitement de texte de Blogger et les polices d'écritures changent parfois subitement. J'espère que cela ne gênera pas trop la lecture, mais je ferais en sorte d'améliorer ça petit à petit prochainement.
Ah, j'allais oublier, mais comme durant la 1ere partie, vous trouverez également quelques films bonus rares à télécharger.
Ça y est, vous êtes prêts ? Alors c'est parti !

 ENTRETIEN (MAGIQUE) AVEC
GENEVIÈVE HERSENT

Bonjour Geneviève. Il me semble qu'au cours de votre carrière, vous avez porté de multiples noms, et parfois même en même temps, comme j'ai pu le voir sur les crédits de Sans Famille qui furent si précieux, puisqu'ils me permirent de vous retrouver Jean Louis et vous.

C'est exact. Vous me replongez hardiment dans une très belle époque, très bien vécue et très agréable de nos carrières à tous, petit groupe de comédiens français réunis sur place à Rome dans les belles années 60-70… Mon pseudonyme d’actrice "au départ" était Geneviève Gérald. Épouse du comédien connu sous le pseudonyme de Philippe Hersent, né Bernard Koevoets, on m’a donc appelée toute ma vie Geneviève Hersent et, depuis que je suis rentrée en France, dans le Sud, j’ai repris mon vrai nom d’épouse Geneviève Koevoets ! Ouf ! Me voilà classée…


Commençons par parler un peu de vous et de votre belle carrière. Comment êtes-vous arrivée dans le milieu du cinéma ?

Jany Perjeane, mère de Geneviève
a même eu droit à son timbre.
Et fait rare, de son vivant !

Allons-y bon train, alors : je suis née à Paris dans le 12eme. Ma mère, auteur-compositeur sous le nom de Jany Perjeane, a été l’une des premières femmes chansonnières de Paris. Elle se produisait "Aux 2 ânes", à "La Vache enragée"... C’était l’époque de Raymond Souplex, René Dorin... qui ne voyaient pas tellement cela d’un bon œil m’avait-elle dit ! Elle en a beaucoup bavé. Ce n’était pas encore l’époque de Françoise Dorin, Muriel Robin, Florence Foresti...
Mon père était un très bon chanteur lyrique, baryton martin, il était très beau... Hélas nos routes ont divergé !
Mais puisque vous voulez que je reparte du bout de ma "carrière" (entre guillemets...) on va commencer par le "Bébé champenois" ! Eh oui, c’était moi ! J’ai donc commencé à l’âge de 4 mois ! Mon baptême champenois a été célébré en grande pompe sur les marches de l’Église de la Madeleine à Paris (la même que pour les funérailles de Johnny...). Mon baptême a été filmé par les Actualités Pathé Baby (Fox Movietone) et il est passé dans tous les cinémas du monde... jusqu’au Japon ! J’ai encore le film que je me suis fait projeter au doublage à Rome. Il faut dire que ma Marraine, Geneviève Devignes, grande femme de Lettres, était une personnalité bien connue en Champagne : auteur, peintre de
talent et "muse de la Champagne" où une rue porte encore son nom à Suippes. C’est pour elle qu’on m’a appelée Geneviève, d'ailleurs. C’est elle qui avait formé le groupe folklorique champenois, qui se produisait un peu partout. D’où l’idée du baptême selon les rites et coutumes champenois, en n’offrant que des objets "ronds", symboles d’une belle vie sans "heurts". Il était même resté une citrouille dans le bénitier ! Mais le clou, c’est qu’on m’a baptisée au champagne ! Sur le bout de la langue... à 4 mois ! Et le mieux c’est que, paraît-il, j’ai eu l’air d’aimer cela, mais pas les techniciens qui hurlaient : « Recommencez, on n’entend pas pleurer le petit… » Et donc, à la quatrième prise, j’ai quand même fini par hurler, mais à faire quand même "teu teu teu" !
Ont suivi : la guerre, bombardements, fuite à la campagne, maison détruite et brûlée à Vernon, grandes difficultés pour survivre... Et très vite la passion du cinéma, celle d'avoir eu l’impression d’avoir vécu une autre vie en Amérique du temps des pionniers. Réminiscences, envie d’être un garçon, me sentir dans une âme de Vieux Chef Peau-Rouge. Puis trimballée de droite et de gauche... Au Lycée Hélène Boucher Cours de Vincennes je séchais les cours sur les insectes pour courir voir des vieux films, comme le premier Ben-Hur (1925) avec Ramon Novarro... Je faisais le clown à la récréation en mimant tous les films que j’allais voir en douce.
Je me suis vite fait rattraper par le cinéma en faisant un peu de figuration et des petits rôles, afin de gagner un peu de sous pour aider ma mère et ma grand-mère à m’élever, je posais aussi dans des "cœurs" pour des cartes postales. Je chantais des chansons western à la guitare dans des cabarets connus où j’ai côtoyé des artistes devenus très célèbres depuis. Presque en même temps, le sport avait pointé le gros bout de son nez quand j’ai eu besoin de gymnastique corrective pour mes os car je ne mangeais pas à ma faim. Et de là, j’ai foncé sur la danse rythmique, puis sur la danse classique, l’équitation, l’escrime, et l’escrime à cheval. J’entrainais parfois les chevaux des clients au Tattersall à Paris. J’étais chef de file dans les "reprises en manège" et j’adorais tomber, j’étais très casse-cou, ce qui m’a permis par la suite de m’aventurer dans des activités de cascadeuse dans des films, sous les directives de Claude Carliez ou de Gil Delamare.
Il faut dire qu’entre temps, très très très jeune, j’avais rencontré celui qui allait devenir mon mari 15 ans plus tard, Philippe Hersent à qui ma mère m’avait confiée en mourant en 1948 à seulement 51 ans... et nous ne nous sommes plus jamais quittés pendant 34 ans ! Il a été mon père, mon mari, mon amant, mon partenaire dans les sports, mon conseiller technique... en tout ! Et nous adorions le Tennis !
Comme je souffrais de très fortes crises d’asthme à Paris, la chance a voulu qu’il soit appelé comme acteur par le cinéma italien qui marchait très fort à l’époque. Philippe a tourné près de 100 films, moi j’ai d’abord fait des galas en chantant à la guitare, puis je suis devenue journaliste, attachée de presse, traductrice/interprète... et j’ai repris ma carrière d’actrice en entrant dans le doublage Italo-Anglo-Français à Rome où nous avons connu Jean Louis, travaillé avec lui pendant près de vingt ans... jusqu’au décès de mon mari en 1982. Plus tard la séparation de Jean Louis d’avec sa femme... et sans jamais vraiment nous perdre de vue, Jean et moi, au cours des années qui ont suivi, nous sommes restés souvent en contact téléphonique. Et cela, jusqu’à des retrouvailles pour des années de lutte ensemble, à s’aider mutuellement, amoureusement, puis à s’aimer jusqu’à son dernier soupir ! À Paris, j'avais fait de nombreux "Galas" et aussi dans un numéro de duel avec mon mari Philippe (duels de corsaires avec sabres d’abordage et duels des ‘Mignons’ de l’époque avec dagues et rapières). J’ai aussi les photos. J'ai également joué dans un film nommé Le Duel à travers les âges (1952) où je crois même avoir incarné Melle de la Maupin, qui en réalité était un homme.


Geneviève et Philippe dans le film "Les cow-boys de Paris"
(toutes ces photos personnelles ont été fournies par Geneviève)


En parlant du court métrage Le Duel à travers les âges de Pierre Foucaud, j'ai justement trouvé une photo de vous sous le nom de Geneviève Gérald où vous êtes en compagnie du grand Michel Simon durant le tournage du film, bien qu'il ne soit pas présent dans ce dernier.

C'est vraiment incroyable ! Je ne me souvenais plus avoir rencontré Michel Simon. Je devais avoir 20 ans. C'est mon mari Philippe qui est derrière ce film. Je me souviens maintenant que pour la partie réalisation technique c’était bien Pierre Foucaud, mais Philippe était "l’ideatore" du film et a fait la partie technique des combats. C'était lui le co-réalisateur des duels qu’il créait comme un ballet. Dans ce film, nous avions fait des reconstitutions de combats depuis l'âge de la pierre jusqu'à nos jours... enfin ceux de l'époque !
J’y ai grandement participé, même en tant "qu’homme" avec des moustaches et une barbichette ! Et j’adorais cela car j’ai toujours regretté de ne pas avoir été un homme ! Il faut dire que j’étais très forte en escrime et que je me battais bien. J’étais donc le troisième mousquetaire ! Je me souviens bien des longues prises de vues en costumes près d’un joli château, l’épée à la main, avec des hommes. Je me souviens aussi que Philippe y avait énormément travaillé au point que je pensais qu’il l’avait réalisé, mais pas tout seul, je me suis souvenue du nom de Foucaud, mais Philippe avait été beaucoup consulté et ça lui a servi pour plus tard à Rome pour régler des batailles. Fichtre alors ! On a intérêt à bien se conduire dans la vie si on doit retrouver TOUT après...


Geneviève, alors encore "Gérald" en compagnie du grand Michel Simon
qui fit une petite visite durant le tournage du court métrage "Le Duel à travers les âges"


Vous ne croyez pas si bien dire : le film est disponible en bonus du film Le Bossu (1959) d'André Hunebelle. Je vous avais donc depuis des années dans ma vidéothèque sans le savoir ! Et le voici pour vous. Je vous souhaite une bonne redécouverte ! (Je lui fais parvenir le film que Geneviève n'avait pas revu depuis longtemps. Voici son ressenti après visionnage : )


Pour une surprise, c’est une surprise ! Et dire que j’étais sur vos étagères depuis si longtemps. Le destin réserve parfois bien des surprises ! Jamais je n’aurais imaginé revoir cela après une vie passée entre temps ! Je me battais bien... et Melle de la Maupin, dont je vous parlais tout à l’heure, était bien là ! Je ne me souvenais pas de tout, mais j’ai retrouvé avec plaisir la tronche des deux maîtres d’armes tout maigres (dont l’un, Gardère je crois, ressemblait un peu à Philippe Clay le chanteur). Ils étaient les maitres d’armes du club où nous allions, et mon mari Philippe avait fondé une association pour aider les jeunes acteurs qui s’appelait "Art, Sport et Culture". Jean Marais était venu nous voir et "tirer" avec Philippe. J’avoue que beaucoup de choses me sont revenues que j’avais oubliées, et je me suis bien reconnue avec ma moustache ou barbichette, mais ça va vite et je n’ai pas pu toujours me distinguer !
On voit beaucoup Philippe, je ne sais pas si vous avez pu le reconnaître à chaque fois sous le chapeau, les cheveux longs, barbichette et moustache, moi si. Je nous ai bien localisés tous les deux à chaque séquence.
Quand Philippe et moi faisions nos Galas de duels, les directeurs refusaient de nous assurer, c’était trop dangereux ! Nous avions de vraies rapières pour le duel des Mignons, et de vrais sabres d’abordage très lourds pour le duel de corsaire. Nous ne nous sommes jamais fait une éraflure, alors qu’un escrimeur avait troué et blessé salement Philippe à la cuisse, il a fallu des mois pour que ça guérisse !
Philippe avait ensuite rassemblé une magnifique collection d’armes blanches anciennes, toutes d’époque, hélas à mon retour à Nice, pour passer la frontière, il m’a fallu les vendre à un antiquaire, mais j’en ai une magnifique photo, prise chez nous à Rome avec Philippe.
Vous m’avez fait un très grand plaisir cher Gilles, c’est même émouvant… et ma mère m’avait confiée à lui en mourant…c’est pratiquement lui qui m’a élevée et tout appris. Quel couple nous avons fait…


Claude Carliez
Le film Le Duel à travers les ages est précédé par la présentation du regretté maître d'armes Claude Carliez qui a coordonné les combats de nombreux films, 76 films en tout, comme Le Capitan, Cartouche, les Fantomas, La Grande Vadrouille, Le Corniaud, Peur sur la ville et aussi deux James Bond... et bien entendu Le Bossu. Il avait était marqué par sa participation au Duel à travers les âges qui fut l'une de ses premières apparitions pour le cinéma, et avait insisté pour qu'on puisse le retrouver et le proposer en bonus. Vous nous en avez brièvement parlé précédemment. Avez-vous quelques souvenirs de lui ?

Ah oui, Claude Carliez, bien sûr que je me rappelle de lui, pour la bonne raison que c’était lui qui avait blessé Philippe à la cuisse en répétant ! Le bougre... Paix à son âme ! Cela dit, il était très gentil et le meilleur parmi nos collaborateurs. J’ai eu affaire ensuite à Gil Delamare, celui qui a "éduqué" ensuite Rémy Julienne. Pauvre Gil Delamare!

(NDIndianagilles : Gil Delamare est mort à 42 ans en 1966 au cours d'une cascade sur le tournage du film Le Saint prend l'affût. Claude Carliez nous a quittés, lui, en 2015 à 90 ans)

 


Artus vient de sortir l'excellent La Muraille de feu (1958) de Carlo Ludovico Bragaglia avec Philippe Hersent, que j'ai eu le plaisir de sous-titrer moi-même. Vous avez également participé au film, mais pas en tant qu'actrice cette fois...

Disponible chez Artus

Je remercie Artus de me l'avoir généreusement fourni, j'ai ainsi pu le revoir après toutes ces années. C’est vrai que le film est bien. Philippe qui y jouait Godefroy de Bouillon, avait aussi été Maître d'armes sur ce film, comme sur Le Duel à travers les âges et beaucoup d'autres films, d'ailleurs. Il pensait avoir été un Mousquetaire dans une autre vie.
En effet, j'étais là aussi, en tant que cascadeuse, puisque j'étais la doublure de Sylva Koscina. Je me suis battue au cimeterre avec le cascadeur qui doublait Francisco Rabal. J'avais d'ailleurs fait un duel beaucoup plus long que ce que l'on a pu voir à l'écran, mais j'ai peut-être cette impression à cause des nombreuses prises. J’y ajouterai que Philippe et moi, à la fin de mon duel d’où j’étais ressortie de dessous mon casque hermétique avec le visage noir de sueur et de poussière, avions été surpris de voir Sylva Koscina sur le talus où finissait le duel, accepter de se faire faire les retouches de maquillage au visage ! Noblesse oblige... et tant pis pour l’authenticité ! Moi, j’avais l’air d’un charbonnier.
Je me souviens de personnes plutôt sympathiques sur ce film comme Cinquini, Caiano, le gentil Bragaglia qui n’était plus tout jeune déjà.


Vous dites que c'est votre côté casse-cou qui vous a amenée à être cascadeuse...

J’entrainais (au départ à Paris, quand j’étais au Tattersall, aux Sablons) des chevaux pour les Concours Hippiques. Ils me donnaient à monter tous les chevaux difficiles de leurs clients. J’étais une gamine encore, mais les chevaux m’adoraient. Et j’adorais aussi prendre de bons gadins !
Ensuite j’ai été quelques temps cascadeuse, j’ai été la doublure de beaucoup d’actrices connues dans des chutes dangereuses sous les directives de Gil Delamare. Et en Italie, plus tard, avec mon mari Philippe Hersent, grand escrimeur, j’éduquais aussi les chevaux à ne pas avoir peur des armes (épées et autres cimeterres) qui leur passaient près des oreilles !
Ce sont des tranches de vie toutes très différentes, mais ayant comme points communs : ou le sport, ou le côté artistique et culturel.

Sur "La Muraille de feu", pendant que Sylva Koscina se remaquillait,
Geneviève croisait de fer dans la boue.


Phillipe Hersent en Godefroy de Bouillon dans "La Muraille de feu"


Avant le doublage et l'Italie, alors que vous étiez encore Geneviève "Gérald", vous avez joué dans quelques longs-métrages.


J’étais encore une toute jeune actrice à Paris et j'ai effectivement fait deux films qui comptent un peu dans ma première tranche de vie, celle avant le journalisme : Les Révoltés de Lomanach (1954) de Richard Pottier avec Dany Robin et Barbe-Bleue (1951) avec Cécile Aubry et Pierre Brasseur, les deux grâce au cheval !
Car dans Barbe-Bleue, j’étais l’une des épouses, l’Ecossaise à cheval. Je me souviens que je devais sauter à cheval par une fenêtre et arriver au galop dans la salle où Barbe-Bleu était attablé et mangeait des galettes. J’avais très peu de recul pour faire sauter mon cheval par la fenêtre, à peine 2 ou 3 mètres c’était très peu, il fallait le cingler gentiment à la cravache, et dans l’une des prises, je lui avais si bien fait prendre son élan, que nous avions presque atterri sur la table en faisant voler en l’air toutes les galettes ! C’était dangereux. Le très beau rôle du jeune premier était confié à Jacques Sernas que j’ai retrouvé comme voisin de notre ami Pierre Cressoy, sur la plage de Fregene et au doublage quelques fois. Le monde est petit !
Barbe-Bleue était co-produit avec l'Allemagne et la Suisse et le film a été tourné en deux langues. Le rôle de Barbe-Bleue était tenu par Pierre Brasseur pour la version française et par Hans Albert pour l'allemande. Mais les autres rôles, Cécile Aubry, Jacques Sernas et les huit femmes, étaient tenus par les mêmes acteurs.
Les Révoltés de Lomanach était par contre une coproduction italo-française, mon rôle était tenu dans la version italienne par l’actrice Linda Sini qui était l’amie du producteur. Ce n’était pas un grand rôle mais "à cheval" quand même et, si j’ai bonne mémoire, il fallait un petit tabouret pour que Linda Sini puisse monter dessus !. Sinon, à cheval c’était toujours moi... Povera me !


Geneviève Gérald joue la 5eme épouse de Barbe Bleue, Anny Flynn.
Le film est entièrement disponible sur Youtube à cette adresse

La scène complète de Geneviève dans "Barbe-Bleue"


Jacques Sernas était donc également présent au casting de Barbe-Bleue. Il a connu une très belle carrière en Italie et vous dites l'avoir retrouvé au doublage. J'ai par contre noté qu'il ne se postsynchronisait jamais lui-même sur les VF. Auriez-vous de petites anecdotes à nous dire sur ce camarade de tournage ?

Pendant que Jean Louis devait être déjà au Service Militaire en Allemagne, où avait été déplacé son père officier, j’étais encore une toute jeune actrice à Paris et j'ai donc fait les deux films dont nous avons parlé.
Les extérieurs de Barbe-Bleue avaient été tournés au bord du Lac de Thiersé, en Autriche, et, comme je vous l'ai déjà confié, il y avait un jeune acteur aux yeux bleus qui s’appelait Jacques Sernas... et ne parlait à personne, car il était gentil mais distant.
Pour en revenir à Rome, Jacques Sernas était moins présent avec nous au doublage car, vu sa notoriété, il demandait à bénéficier d’un cachet plus élevé que les autres. Eh oui, les stars, ça se payent ! Jean le faisait donc toujours doubler en colonne (piste son) séparée, afin que cela coûte le juste le prix de son, ou de ses tours. Jacques Sernas avait une voix au parler plutôt sec, froid et métallique, mais on l’appelait quand même assez souvent, malgré son cachet qui faisait sauter le budget, car il était très bien et assez passe-partout.
J’ai doublé moi aussi, mais pas pour les mêmes raisons, Tête de pont pour huit implacables en colonne séparée. Je ne me souviens pas avoir rencontré personne d’autre, peut-être même pas Philippe. Comme je "carburais" toujours très vite et que j’étais prête dès la première prise, j’avais intérêt à garder ma spontanéité, car sinon, plus j’étais obligée de refaire, plus j’avais tendance à devenir mécanique ! Pour les grosses scènes importantes, c’était primordial. Et comme Jean était pareil, il me comprenait !

 
Jacques Sernas dans "Trois Cavaliers pour Fort Yuma" (1966),
doublé en VF par Jean-Louis Gemma,
film dans lequel figure également Jacques Herlin et Jacques Stany


Jacques Sernas dans "Romulus et Remus" (1961)
doublé en VF par Bernard Woringer

Dans la véritable VO en prise de son directe du film
"La Peau" (1981), Jacques Sernas s'exprime en anglais


Tourné en prise de son directe, on peut également entendre Jacques Sernas avec sa vraie voix
dans le film "Barbe-Bleue", mais cette fois en français


Moins présent dans les doublages "Made in Roma"
Jacques Sernas double par exemple Peter Lee Lawrence dans l'inévitable
"Tête de pont pour huit implacables", avec Philippe Hersent et Pierre (Auguste) Richard

Jacques Sernas fut donc le voisin de votre ami Pierre Cressoy. J'ai eu vent de la grande amitié entre Sergio Leone et ce dernier. Si Pierre Cressoy a notamment joué, sous le pseudonyme de Peter Cross, dans deux des premiers westerns de Giuliano Gemma, Le Dollars troué (1965) et Adios Gringo (1965), il n'a curieusement joué dans aucun western de son ami Sergio Leone. Savez-vous pourquoi ?

Pierre Cressoy
(photo personnelle fournie par Geneviève)

Sergio et Pierre se sont connus quand Sergio était l’assistant de Mario Bonnard. Sa femme Françoise, dont je suis restée très amie, m’a confiée qu’ils n’ont pas tourné ensemble par manque de disponibilités dans les dates et aussi pour des problèmes de coproduction. Mais ils ne manquaient jamais l’occasion de se voir, soit à Rome soit à Paris. Pierre est décédé à Nice en 1980 (cancer de l’œsophage), mais il ne tournait plus depuis plusieurs années. Françoise travaillait dans un poste important à Air France et a quitté Paris pour s’installer à Lambesc. Je viens d'ailleurs de lui envoyer des photos inédites de Pierre sur ma selle western, en tant que membres du "Club du Lasso" à Paris, où j’ai été la première cow-girl de France à descendre les Champs Élysées à cheval le jour des Drags.
Je suis également amie avec l’ex grand amour de Pierre Cressoy : la ravissante Hélène Remy, que j’ai connue quand nous avions 13/14 ans toutes les deux et que nous étions danseuses aux cours du Châtelet. Elle fut sa muse et c’est Hélène qui a fait venir Pierre en Italie. Il lui doit beaucoup. Alors qu’il était aux USA, il fut choisi pour tourner dans Sous le plus grand chapiteau du monde (1952) de Cécile B. DeMille. Mais il paraissait trop jeune par rapport à l’actrice principale Betty Hutton et ses fredaines lui ont fait du tort… Du coup, c’est Cornel Wilde qui a eu le rôle aux côtés de Charlton Heston, d’où le départ de Pierre pour l’Italie où sa carrière n’a pas concerné beaucoup de westerns, mais d'autres styles de films où il a incarné les compositeurs Verdi, Mascagni... ou encore joué dans Les Infidèles (1954) de Monicelli et Steno avec Gina Lollobrigida, Panique à Gibraltar (1953) de Duilio Coletti… Nous allions souvent dans sa petite baraque de pêcheurs à Fregene, où vivait donc aussi Jacques Sernas, juste à côté. Hélène Remy, toujours très jolie, vit aujourd'hui dans la Vallée de Chevreuse. 
 
Pierre Cressoy et Geneviève Hersent
(photo personnelle fournie par Geneviève)


Vos équipes "italiennes" ont doublé énormément de westerns. Mais je sais aussi que vous avez un lien important avec le légendaire Clint Eastwood...

Oui, nous avons doublé pas mal de westerns, c’était la pleine époque de Sergio Leone, un grand ami, et j’ai été la première attachée de presse de Clint Eastwood à son arrivée à Rome, car je représentais son bureau américain "Paul Marsh & Associates". Je dois dire que j’ai fait 7 métiers en 3 langues et dans 3 pays différents (France, USA, Italie) : actrice, journaliste, attachée de presse, traductrice, interprète, auteur, photographe… et je travaille toujours ardemment en tant qu’assistante bénévole du psychiatre français vivant en Inde, le Dr Jacques Vigne. Clint Eastwood et Adam West, en même temps à Rome, me disaient: « where do you find all that energy ? » Je remercie le ciel qui m’a donné, et gardé, une excellente mémoire, beaucoup d’énergie c’est vrai, ainsi qu'une joie de vivre qui m’aide dans les plus durs moments et qui me permet d’aider aussi les autres…


Pouvez-vous nous parler un peu de Sergio Leone ? Certains le disaient parfois un peu rustre avec son entourage.

Sergio était un homme extrêmement raffiné, d’un humour et d’une intelligence rares. Il avait écrit un scénario hilarant pour Gérard Philippe qui s’appelait "La corrazza d’oro" (trad : L'armure d'or) et qui malheureusement n’a pas pu se concrétiser en film, à cause de la disparition de ce bel acteur. Sergio Leone était un homme réaliste qui a donné un petit coup de vérité après beaucoup de westerns américains à l’eau de rose, avec les indiens systématiquement très méchants et les noirs inexistants ! Je ne parle pas évidemment des grands réalisateurs et de l’épopée de l’Ouest, dont j’étais moi-même si friande que j’avais eu l’impression d’avoir vécu là-bas à cette époque dans une autre vie… Je me sentais comme Calamity Jane ! C'est mon respect et mon amour pour cette époque qui me font dire, justement, que Sergio Leone était loin d’être irrespectueux. C’était un homme fin et délicieux, humain mais réaliste, tout comme le compositeur Ennio Morricone qui venait souvent. Détail amusant : quand nous avons connu Sergio, il était maigre comme un clou ! Il était effectivement très ami avec Pierre Cressoy qui vivait à Rome et qui faisait une très belle carrière en Italie. Pierre était aussi un frère pour mon mari Philippe et c’est grâce à lui que nous avons été appelés en Italie.


Quelques mots sur le grand Clint ?

Les Américains m’ont demandé de contribuer à la biographie de Clint, car quand Clint est arrivé à Rome avec sa valise entourée d’une ficèle, m’a-t-on dit, il n'avait pratiquement tourné que dans la série western Rawhide (1959-1965). Mais ça ne voulait rien dire, car il a prouvé depuis un grand talent, y compris dans la mise en scène où il s’est déchaîné en violence ! Les amis de son bureau de presse d’alors n’en revenaient pas ! J’aimais beaucoup sa première femme, Maggie Johnson, qui était délicieuse. Aussi délicieuse que l’était l’épouse de Charlton Heston, Lydia Clarke, des amis également. Or j’avais fait, en tant que photographe, un autre de mes métiers, les toutes premières photos de Clint sur le toit de son Hôtel à Rome, le "Residence Palace", et comme il n’avait pas d’accessoires avec lui, ce furent des photos faites avec ma propre selle western, mes éperons, mes lassos, mon chapeau, qui était forcément trop petit et qu’il avait mis un peu en avant sur le visage. J'ai longtemps gardé ces accessoires chez moi dans mon entrée en Italie, mais je ne les ai plus aujourd'hui, comme la collection d'armes blanches de Philippe, tout ça a dû rester en Italie, il ne m'en reste que des photos. Et mis à part celles des agences à l’aéroport, ce sont sans doute parmi les toutes premières photos prises de Clint à son arrivée à Rome. Une ou deux sont dans sa biographie américaine "Clint, The Life and Legend" de Patrick McGilligan.
Mes accessoires étaient entourés des photos de mon mari Philippe, dont une en gros plan tirée du western Carogne si nasce (1968) et une autre tirée de La Muraille de feu dont nous avons parlé. C’est moi sur toutes les photos, à cheval, dans des duels à l’escrime avec mon mari, c’est moi qui ai photographié le célèbre tableau des Sioux ou des Apaches dans le Musée de l’Histoire de l’Ouest américain d’Oklahoma City, avec l’actrice Sylvia Dionisio à côté, c’est moi aussi qui chante à la guitare, et c’est un portrait (je dessine beaucoup et je devais faire les Beaux arts, mais ça faisait trop... je n’ai pas pu !) que j’ai fait de mon mari, en haut, avec la raquette devant. Et plus bas la photo de ma jeune fille de grand-mère le jour de ses 100 ans !

La photo de Philippe Hersent tirée du film "Carogne si nasce" (inédit en France)


Vous êtes une artiste incroyablement complète ! Car en plus de la guitare, vous jouez aussi de nombreux autres instruments. En fait vous savez tout faire, quoi !


Je joue en effet du piano, de la guitare, du banjo, et je m’accompagnais dans un "tour de chant" que je faisais en 7 langues, mais surtout avec des chansons western authentiques de l’époque, car je chante aussi, et je fais également des imitations !


J'ai souvent entendu dire que Sergio Leone et Clint Eastwood ne s'entendaient pas forcément très bien...

Oui, c’est sans doute vrai pour Sergio Leone et Clint Eastwood, chacun pensant, je crois, avoir "créé" l’autre…et c’est un peu vrai ! Je pense que la fusion des deux a été essentielle et que l’un a un peu fait l’autre, avec la différence que Sergio était un meilleur metteur en scène que Clint n’était à l’époque un bon acteur, mais son physique était "incrustateur" ! Clint était assez froid, et Sergio bouillant… 

 

On retrouve les premières photos de Geneviève dans le livre
"CLINT The Life and Legend" de Patrick McGilligan.
On notera la démonstration au lasso donnée par son mari, Philippe.


Vous disiez plus tôt avoir également connu Batman en personne, Adam West, probablement venu en Italie pour y tourner son unique western européen, le méconnu mais très plaisant Quatre hommes à abattre de Primo Zeglio et qui est sorti en 1965.

Oui, c'était bien pour ce film qu'il était venu à Rome. Et si Clint était plutôt froid, Adam West était, en contraste, la personne la plus chaleureuse qui soit, avec tellement d’humour qu’il nous a tellement fait rire, mon mari et moi, que je dis toujours qu’il m’a donné mes premières rides d’expression ! J’ai encore ici tout mon album de presse le concernant. Comme Clint Eastwood, il était représenté par le bureau de Public Relations "Paul Marsh & Associates" dont j’étais la correspondante à Rome. Quand Adam a eu la proposition pour la série Batman (1966-1968), il avait très peur d’être emprisonné dans le rôle, ce qui n’a pas manqué ! Il était marié alors à une Princesse Hawaïenne


Vous avez précédemment évoqué Charlton Heston. Il est lui aussi quelque peu lié à Sergio Leone, puisqu'il se dit que ce serait ce dernier qui aurait mis en scène la fameuse course de chars du film Ben Hur (1959) de William Wyller.

La course de char de Ben Hur a été filmée par plusieurs "units" à la fois, il n’y avait pas que Sergio.
Quand à Charlton Heston, j'ai une autre anecdote : j’avais également fait un reportage très beau, pour "Cinemonde" dont j’étais aussi la correspondante à Rome, sur Charlton Heston avec qui mon mari Philippe Hersent et moi avions sympathisé parce que je l’avais pris par son "péché mignon" le Tennis… "Chuck", pour les amis, adorait jouer, très bien d’ailleurs, et à peine arrivait-il quelque part pour tourner en extérieurs, que la première chose dont il s’enquêtait, était de trouver les courts de Tennis. De ce fait, il m’avait donné rendez-vous dans sa belle villa sur la Via Appia Antica à Rome, où il tournait la vie de Michel Ange dans L'Extase et l'Agonie (1965), afin de faire une belle partie de Tennis avec mon mari, très bon joueur aussi, tout comme moi. Un match que j’ai pris en photos pour illustrer mon reportage dans Cinemonde. Et comme je connaissais à la fois le Tennis et la photographie, j’ai pu faire les photos, avec ce bon Rolley Flex, comme si j’avais photographié une course de voitures, et j’avais ainsi obtenu la balle dans le champ, en même temps que le mouvement très beau de Chuck qui avait une bonne technique. Vous savez qu’une balle bien frappée peut presque atteindre les 200 kms à l’heure ? Comme les services ! Et Charlton en a été très heureux. Il y avait sur les photos : son beau geste et... la baballe !
Cela se passait en plein mois d’Août, avant midi, en pleine chaleur ! Ce qui fait que, durant mon interview, juste après, il a bu 11 cannettes de bière. Je les avais comptées ! Lydia sa femme était là, son adorable petite fille, qui avait environ 3 ans à l’époque, aussi. Le reportage pour Cinémonde a été très beau, 4 ou 5 pages, et nous sommes restés amis. Car en plus de cela, Philippe et moi leur avions appris à jouer à la pétanque, dans les bois "dei Castelli Romani", près de la Résidence d’été du Pape. Et nous avons correspondu pendant quelques années.
Quand je suis allée travailler à Los Angeles, Lydia et Chuck m’ont reçue chez eux magnifiquement. Ils avaient beaucoup d’invités prestigieux, répartis par petites tables, où sur chacune il y avait deux petits drapeaux : un italien, puisque je vivais en Italie, et un français, en hommage à ma nationalité, et ensuite nous avons tous été conviés dans sa salle de projection personnelle où Chuck nous a fait visionner le célèbre film Boulevard du Crépuscule (1950) de Billy Wilder avec Gloria Swanson. Je garde de tout cela un très joli souvenir !
Il adorait aussi dessiner et il "croquait" tout son environnement entre chaque plan de tournage. Je ne le connaissais pas du temps de Ben Hur, qui vient de repasser à la télé vers Noël sur ARTE, tourné aussi à Rome, tout comme un autre film où je l’avais de nouveau rencontré Le Pigeon qui sauva Rome (1962). Ça lui fait trois films tournés dans la Ville Éternelle…

Entre une extase et une agonie, notre bon Chuck ne se faisait pas prier
pour aller se faire un petit Tennis avec les Hersent.



Venons-en maintenant un peu au domaine du doublage. Trouver des informations sur votre drôle d'équipe n'a pas été une mince affaire. Quelques noms sont souvent revenus pour la direction artistique des doublages "Made in Rome", je pense notamment à Yves Coste et Paul D'Alès, que je soupçonne fortement d'être une seule et même personne et qui serait en réalité un certain Guy Gibert. Au sein de votre petit groupe, j'ai découvert que vous étiez en fait loin d'être la seule à adopter plusieurs patronymes. À croire que vous aimiez tous brouiller les pistes !

Les noms d'Yves Coste et Paul D’Alès ne correspondent à personne à ma connaissance, mais je connaissais effectivement Guy Gibert que je n'ai jamais connu sous les autres noms que vous me citez. J'ignorais complètement cela. Ce coquin de Gibert était capable de tout, mais de façon très sympathique. Je n’allais que rarement au mixage, je préférais l’équitation ou le Tennis, et je menais de front mes activités de journaliste-correspondante à Rome. Je n’avais donc jamais vu les génériques avec nos noms ou pas.

 
 
Comment des acteurs français installés en Italie ont-ils commencé à doubler des films à Rome pour le marché français ?

Les premiers à accepter de faire du doublage furent mon mari Philippe Hersent et moi, pour un court métrage de la production VIDES, et j’avais appelé comme acteurs avec nous Edwige Fenech et Jacques Sernas. Il s’avère que mon mari Philippe n’aimait pas le doublage, ni sa voix, assez particulière et pas terrible pour les doublages... Il avait raison. C’était un acteur solide tout d’une pièce, du genre Jean Gabin, à qui on lui disait qu’il ressemblait. Cette gymnastique de la post-synchronisation ne lui convenait pas du tout. Quant à moi, c’était tout le contraire : le langage fluide, la mémoire excellente, la rapidité d’esprit, l’amusement de le faire et les dons d’imitation... Tout semblait fait pour moi. Je m’étais déjà doublée moi-même à Paris dans des films comme Barbe-Bleue ou Les Révoltés de Lomanach, et ça m’avait semblé merveilleux ! C’est pourquoi j’ai vite enchaîné à Rome avec la compagnie des doubleurs Américains sur place, qui m’ont aussitôt engagée avec "accent français" et j’ai continué avec eux pendant des années. De là, je fus appelée par les équipes du doublage en langue italienne. Rebelote ! On me connaissait donc.
Ensuite est venu s’installer à Rome, en provenance du Canada, le fameux Guy Gibert avec sa femme Josiane, Canadienne, qui était vraiment charmante et talentueuse. Ils étaient fort sympas tous les deux, mais on sentait que Monsieur Gibert était un rusé homme d’affaires. Il ne payait d'ailleurs pas toujours rubis sur l’ongle…!  Dès leur arrivée à Rome, ils m’ont demandé d’être leur interprète favorite, en même temps que Josiane qui avait affuté son accent canadien et qui était devenue une très bonne doubleuse. Ils étaient d’un abord très agréable.


Avant d'aller plus loin, il me semble important de parler un petit peu d'un autre membre de votre équipe, l'acteur Pierre Richard, qui était très souvent crédité aux génériques de doublage sous le nom de Pierre-Auguste Richard, sans doute pour qu'on ne le confonde pas avec son homonyme qui devenait de plus en plus célèbre dans l'hexagone. Avec un tel nom, ce fut particulièrement compliqué pour moi de retrouver des informations à son sujet et tout ce qui le concerne semble se tarir dès que l'on arrive vers les années 70.

En effet, le Pierre Richard dont vous parlez n’a rien à voir avec l’acteur bien connu. Il vivait aussi à Rome et était au service des films Leitienne qu’il représentait et pour qui il cherchait à doubler sur place. Il a en effet disparu. Je sais juste qu'il a ensuite vécu vers Biarritz, mais je n’ai plus eu de ses nouvelles. Je n’étais pas au courant du prénom d’Auguste...


Il semblait avoir une position assez importante dans votre équipe, son nom apparaissant très souvent comme celui du directeur artistique. Il joue d'ailleurs ave
c votre mari Philippe Hersent dans Tête de pont pour huit implacables (1968) d'Alfonso Brescia, film dans lequel Pierre Richard se double non seulement lui-même, mais s'occupe également de l'adaptation française du film.

Un film charnière pour le doublage à Rome

Après le couple Guy Gibert est arrivé le couple Richard, Pierre et sa femme Colette... qui n'a rien à voir avec l’actrice d'alors, Colette Richard. Décidément ! Cela a occasionné notre rencontre, car Pierre a demandé à mon mari, qui était effectivement l’un des acteurs principaux du film Tête de pont pour 8 implacables, de venir se doubler lui-même, ce qui était la loi.
Pendant qu’on y était, Pierre Richard m’a demandé de lui faire un essai sur la "protagonista" Erika Blanc et m’a aussitôt engagée, comme pour tous les films qu’il a doublé et qui ont suivi pendant quelques années.
Pendant ce temps, débarquait à Rome un certain Jean Louis qui, lui aussi, a vite été repéré par tout le monde pour ses capacités et ses talents artistiques et ensuite techniques. Un jour, chez les Gibert, Monsieur Jean Louis a rencontré Madame Geneviève Hersent et son mari Philippe, et ils ont commencé à tous doubler ensemble. Mon couple et le sien étaient de très bons amis. Jean est devenu mon compagnon, bien des années plus tard, suite au décès de mon mari et à la séparation de sa femme, et nous venons de passer une quinzaine d’années dans le sud de la France.
Jean Louis a donc commencé à prendre une place au milieu de tout cela, une place de plus en plus importante.  Entre temps, était arrivé un autre couple, encore, Paolo Moffa et sa femme Lita. Il était producteur de films moyens mais honnêtes, et désirait les doubler sur place pour bien des raisons. Et ils m’ont appelée régulièrement pour doubler le rôle principal de chacun de leurs films.
La petite "Tusha"
Mais peu à peu, se dessinait la place indéniable que prenait notre
pilier du doublage à Rome, Jean Louis, qui faisait TOUT : dialogues, adaptations, direction de plateau, acteurs principal et seconds rôles…Il s’enfermait dans la moviola avec sa petite chienne bâtarde Tusha, qui le suivait partout, et le soir, il allait courir des kilomètres avec elle pour se défouler, car c'était tout de même un grand gaillard sportif, qui était obligé de rester enfermé toute la journée ! Et peu à peu, il a fait film sur film, y compris une multitude de voix off, qu’on appelait en Italie des "speakers" et que j’enregistrais aussi énormément. Sa position dans le doublage a nettement surpassé celle les autres, en qualité surtout.
Jean Louis et moi étions considérés nettement parmi les "meilleurs" sur place, parlant et doublant en trois langues, car nous avons également participé à des doublages italiens quand ils avaient besoin d’accents français, et même chose pour l’organisation du doublage anglo-américain à Rome.
Jean a également tourné plusieurs films en Italie, le meilleur étant selon moi Noi uomini duri (1987) (trad : Nous, les durs à cuir), film avec Renato Pozzetto et Enrico Montesano où Jean faisait le rôle important du moniteur de l’Ecole de Survie en montagne, un dur au grand cœur qui ridiculisait Pozzetto avec de très belles scènes, surtout en début de film. Il est malheureusement inédit en France.
Personnellement j’aimais beaucoup doubler comme comédienne, et aimais moins la technique. Aussi j’allais en tant que telle doubler à droite et à gauche, sans m’occuper beaucoup du pourquoi et du comment des choses, ni de ce qui se faisait du point de vue des contrats, etc… J’avais un couple en or, j’étais bien chez moi, et je n’entrais jamais dans les arrangements d’affaires des uns ou des autres.




Dans "Noi Uomini Duri", Jean Louis joue en italien et en prise de son directe,
comme vous pouvez le consater sur cet extrait

On sait très peu de choses au sujet de votre compagnon Jean Louis. D'où venait-il et qu'avait-t-il fait avant de se retrouver sur les plateaux de tournage et les studios de doublage en Italie ?

Jean est né au Maroc le 5 février 1934 à Meknès. Il était le fils d’un officier français, qui se trouvait posté là-bas à ce moment-là. Sa famille était originaire de la Lorraine. Du peu que j’en sais, avant de devenir acteur, il a eu différents postes pendant peu de temps à Paris, mais il ne supportait pas très facilement l’autorité, ni le fait d’être enfermé dans un bureau. Il ne rêvait que de nature, de grands espaces, d’altruisme... Ce sont des personnes amies qui l’ont, je crois, poussé à s’envoler vers l’Italie, et le hasard des choses a fait le reste. Un mariage, des demandes comme acteur vu son physique, une enfant qui est devenue pilote de ligne et qui vient de passer Commandant de bord juste avant la crise mondiale du Covid et par conséquent de l’aviation...! Voilà qui résume un départ de vie un peu difficile et chaotique pour Jean, toujours à la recherche de quelque chose, de ce qui s’est avéré plus tard être une recherche des lois de l’existence, des secrets de la métaphysique et du cosmos… à la recherche de ce qui est "beau" !

Paradoxalement, alors que Jean Louis était si actif dans le doublage, il ne semble avoir eu que rarement l'occasion de se doubler lui-même, la plupart des films dans lesquels il apparait ont été doublés en France. Dans Django le bâtard (1969), il est par exemple doublé par Jean Berger, dans Mon nom est El Magnifico (1972) par Jacques Richard, dans Ramon le Mexicain (1966) par Denis Savignat, dans On continue à l'appeler Trinita (1971), par Michel Barbey (second doublage)... J'ai néanmoins trouvé une exception : le film Demande pardon à Dieu, pas à moi, de Vincenzo Musolino. Son rôle n'y est pas très grand, mais comme le film a été doublé à Rome, l'occasion n'était que trop belle. À noter qu'il y double aussi l'italien Pedro Ignazio Spala (pseudonyme : Pedro Sanchez)

C’est vrai que Jean Louis a été doublé par d'autres dans ses propres films comme acteur, car il n’avait pas le temps d’aller se doubler lui-même à Paris.


Savez-vous si ça le gênait de se voir à l'écran avec une autre voix que la sienne ? Et s'est-il par exemple déjà doublé en italien ou en anglais ?

Il n’a jamais évoqué cela, je crois qu’il s’en fichait un peu, du moment que le doubleur était bon… Pour la seconde partie de la question, je ne sais pas non plus.



Quand la voix rencontre enfin le corps dans
"Demande pardon à Dieu, pas à moi".



En quelle langue Jean Louis jouait-il dans ses westerns italiens ? Je sais que pour Ramon le Mexicain, le réalisateur du film, Mario Pinzauti a déclaré que tout le monde avait joué en italien, sauf l'Américain Mickey Hargitay qui fut finalement remplacé vers le milieu des reprises par Jean Louis lui-même. Mais en général, savez-vous si on lui demandait de jouer en italien, en français ou en anglais ?


Difficile de vous répondre, car je n’y étais pas. Je pense que la majeure partie devait être tournée en italien, langue que Jean maîtrisait parfaitement. Cela dit, je pense qu’il a dû apprendre ses répliques en anglais aussi, mais je n’en suis pas sûre. C’est surtout durant ces quinze dernières années, en France, que Jean et moi nous nous sommes rapprochés et que nous évoquions souvent ensemble les moments les plus coriaces, mais aussi les plus cocasses de nos prouesses au bon vieux doublage !
 

Si dans Ramon le Mexicain, son premier western, il y jouait le héros et avait le premier rôle, par la suite il a souvent joué les crapules qui se faisaient descendre après des apparitions généralement remarquées, mais plus ou moins brèves, comme dans Son nom crie Vengeance (1968), Le Fossoyeur (1969), Django le bâtard (1969)... Et lorsqu'il parvenait à survivre, il continuer de jouer des rôles de personnages peu sympathiques, comme dans On continue à l'appeler Trinita (1971) ou Et Maintenant, on l'appelle El Magnifico (1972) où il est forcé de se jeter d'un balcon, haut de plusieurs mètres ! Il a d'ailleurs réalisé cette belle cascade lui-même. Mais ne dit-on pas que les plus gentils jouaient toujours les plus méchants ?

J’ai visionné Ramon le Mexicain plusieurs fois, Jean y est très bien et c’était un rôle important. Mais même là, je n’ai pas l’impression qu'il s'agissait du même homme, j’ai du mal à le reconnaître !
Je n’avais aucune idée des films que Jean avait tournés comme acteur, car c’était à une époque où je ne le connaissais pas encore. L’occasion de diriger des doublages français à Rome lui est venue après. En fin de compte, il tournait moins au moment où il a commencé à diriger des doublages qui lui prenaient tout son temps.
En tout cas, le rôle de cow-boy salopard lui correspond très peu ! Je dois dire que dans ses films, je le reconnais à peine physiquement et encore moins mentalement. C’est comme un étranger, comme s'il n’avait pas "la même âme" ! On dirait un petit frère agaçant du Jean qu’il fut après et de celui qu’il était devenu : chaleureux, grand chercheur profond devant l’éternel, amant de la métaphysique, de la physique quantique, du Cosmos, de l’Absolu, de l’Amour vrai et des belles choses... essentiellement malheureux de ne pas avoir trouvé "ce" qu’il recherchait sur la terre !

Le saut de la "foi" ou l'impressionnante cascade exécutée par Jean Louis
dans "Et Maintenant, on l'appelle El Magnifico"


Je maintiens toutefois, pour les tournages, comme acteur, UN SEUL FILM lui a correspondu vraiment : Noi uomini duri. C’est le seul ! Et dans le même cas pour les doublages, comme "doubleur" (sans oublier le reste : adaptation, direction de plateau) : la série TV allemande qui a été bien connue en France : Der Fahnder, alias L'Enquêteur (1984), 52 épisodes programmés sur la Cinq, puis sur France 2, doublée par l’organisation "Home made" de Jean Louis. Il y était vertigineux dans le rôle principal de l’enquêteur Faber (Klaus Wennemann). Moi, je doublais un personnage récurrent aussi, sa petite amie Suzanne (Barbara Freier). Chaque épisode avait un personnage féminin principal différent, mais Suzanne était toujours là. Et Georges Claisse venait de Paris, il nous adaptait parfois aussi les dialogues de certains épisodes. Il doublait l’important personnage récurrent du Commissaire. Jean et lui étaient tous deux parfaits. La série est passée à la télévision française il y a une quinzaine d’années. Comme je l'ai déjà dit, si je devais résumer certains côtés saillants de sa carrière, ce sont donc Noi Uumini duri et L'Enquêteur que je nommerais. Là, vous avez un échantillon parfait du vrai talent de Jean Louis !

Georges "la classe" Claisse fut notamment marié à l'Italienne Laura Morante
et résida longtemps en Italie. Il est toujours très actif dans le doublage,
mais désormais parisien.
Il est entre autres connu pour être l'une des voix récurrentes de Bill Nighy,
et surtout pour avoir doublé l'Empereur Palpatine de la saga de "La Guerre des étoiles"
à partir de "L’Épisode I : La Menace Fantôme" en 1999.

À part L'Enquêteur, est-ce que Jean Louis et vous avez été chargés de doubler d'autres séries pour la télévision ?

Oui, beaucoup. Il y a également eu la mini-série Aventures dans le grand nord (1994-1995) d'après l'œuvre de Jack London pour TF1, mais aussi plusieurs séries pour la télévision Suisse comme Les Contes de Boccace... Il y a eu aussi la mini-série Mino, diffusé sur la Cinq, l'un des plus grands succès de l'année 1987 dans toute l'Europe, ou encore Cinecit (1985), une série en 6 épisodes avec Vittorio Gassman. Pour l'anecdote, Vittorio Gassman, lequel avait tourné avec mon mari Philippe Hersent dans le film Le Chevalier de la violence (1956) de Sergio Grieco, était resté très amical avec nous. Je l’ai donc retrouvé quand il est venu pour le doublage de sa série, car Vittorio parlait fort bien le français, il jouait d'ailleurs du Shakespeare au théâtre, aussi bien en français qu'en anglais. Mais il avait tourné et parlé de façon tellement vertigineuse, qu’il n’arrivait pas à se doubler en français à la même vitesse et cela portait préjudice à la compréhension. Résultat des courses : c’est Jean qui l’a doublé en imitant Gassman, devant lui, témoin de la "performance", dans le sens français du terme, et ils se sont bien amusés tous les deux. J’étais l’assistante en salle.

Les temps ont bien changé, car à l'époque beaucoup d'italiens parlaient français, bien plus que l'anglais. Est-ce que ces acteurs italiens venaient se doubler pour les versions françaises ?

 C’est possible qu’il y en ait eu quelques fois, mais très peu… et je ne m’en souviens pas…

 

Geneviève et Jean. Et avec modération, la petite Suze !
(photo personnelle fournie par Geneviève)

 

Jean Louis et vous, vous êtes-vous aussi occupé d'autres choses, comme par exemple des documentaires ?

Oui, de nombreux documentaires en Français pour la Rai, pour Folco Quillici, pour Bruno Vailati, qui est un peu l’équivalent du Commandant Coustaud en Italie, pour Luciano Emmer... J'ai fait une infinité de Voix OFF sur une bonne centaines de documentaires prestigieux. Je me souviens d'un documentaire de l’Istituto Luce où je faisais la voix en traduction simultanée sur Gina Lollobrigida - que j’avais interviewée auparavant comme journaliste et qui avait confiance en moi, car elle était du genre très méfiante. J’appartenais aussi à l’A.I.T.I attaché au "Centro Pilota" de Rome comme interprète trilingue. J'ai enregistré de nombreuses cassettes de Français pour les écoles italiennes, demandées par le Ministero della Pubblica Istruzione. Mais on a aussi doublé de nombreux dessins-animés, des publicités...

 

En plus du doublage, vous occupiez vous aussi des sous-titrages ou pas du tout ?

Pour les autres je ne sais pas, mais pour moi-même j’avais eu des propositions pour faire des sous-titrages juste avant de quitter Rome pour rentrer à Nice... et des jeux video. J’aurais bien voulu, ça m’intéressait, mais c’était trop tard, j’avais déjà fait mes bagages.
Par contre j’ai collaboré pendant des années, quand le doublage a été un peu en recul, à des traductions de Fumetti (BD italienne) à l’eau de rose. C’était délicieux et ça m’apprenait à "réduire" pour faire la synthèse des choses, ce que j’ai toujours eu du mal à faire car j’ai tendance à "délayer" (NDIndianagilles : et moi donc !)...


Vous avez précédemment mentionné le film Noi uomini duri, j'ai remarqué que Jean Louis y était crédité, comme sur le film Les Indifférents (1988) de Mauro Bolognini, Jean Louis Emile. Et j'ai également apperçu plusieurs cartons où il était crédité pour les versions françaises en tant que Jean Louis Collin. Encore bien des noms pour une seule et unique personne...

Le nom que Jean aimait utiliser plus récemment était Jean E. Louis, avec le "E" pour Emile qui est son 2ème prénom. Il a aussi effectivement utilisé Collin, qui est le nom de sa mère, mais je crois que c'était effectivement plutôt pour les adaptations et dialogues, où il excellait.


Générique français de "Le Tueur à l'orchidée"


Sur de nombreux génériques français, le nom de Jean Louis était souvent accompagné de celui d'Annie Alberti, parfois orthographié Annie Albert.

Oui il est exact qu’à ce moment-là, Jean avait pour assistante en salle, et actrice aussi, Annie Alberti dans de nombreux films. Elle avait une magnifique chevelure rousse ! Annie était la fille ou la belle-fille d’un acteur connu sur la Côte d’Azur, c’est peut-être lui qui s’appelait Alberti. C'était un monsieur un peu fort, du genre Raimu. Je ne suis pas sûre pour la nationalité d’Annie, peut-être avait-elle la double nationalité et qu'elle était française comme italienne. Elle travaillait très bien et pendant toute la période où elle faisait tandem technique avec Jean, je venais doubler avec eux seulement comme actrice.
Annie était l’épouse de l’acteur français Gérard Landry, il venait doubler aussi avec nous, mais pas très souvent. Comme mon mari Philippe, il n’aimait pas beaucoup le doublage. Tous deux ne venaient pas aussi souvent que certains autres qui vivaient de cela. Et Philippe tournait beaucoup il a fait une centaine de films quand même, Gérard aussi... En tout cas, Gérard ne correspondait à aucun acteur fixe. Il ne venait que de temps en temps quand on avait besoin de d'avantage de "voix". Gérard et Annie étaient tous deux d’une compagnie très agréable. Gérard était copain avec Philippe, mon mari. Ils se connaissaient bien avant l’entrée d’Annie dans sa vie. On disait à l’époque qu’il ressemblait à Clark Gable.
Gérard Landry était aussi le père du très beau Marc Porel, qu'il avait eut avec sa précédente épouse Jacqueline Porel (NDIndianagilles : une très grande dame du doublage français qui nous a quitté en 2012 à 93 ans). Annie Alberti a épousé Gérald Landry plus tard et ils vivaient en Italie.

Annie avait aussi tourné un film de corsaire avec mon mari, La Terreur des Mers (1960), dont la grosse vedette était l’Américain Don Megowan. Nous étions tous ensemble en extérieurs au Lac de Garde pour tourner ce film. Don Megowan était resté un très bon ami au fil des ans. C’était un géant de 2m04, il passait à peine dans la porte... et il m’avait reçue à Los Angeles des années plus tard en me faisant un canard à l’orange, mais il s’y était pris au moment de passer à table et comme il faut presque deux heures pour bien le cuire, nous avions dîné à 23H !!! Sacré Don ! Il y avait aussi Chelo Alonzo je crois, avec son délicieux petit accent. Le Lac de garde est tellement grand qu’on ne voit pas bien la ligne d’horizon, c’est pour cela qu’il permettait de représenter la mer. Des constructions pour le cinéma avaient été implantées là-bas et beaucoup de films de mer s’y tournaient ! (NDIndianagilles : à noter que figure au générique de ce film de pirates une actrice se nommant Anna Lina Alberti et qui est donc presque une homonyme de notre Annie Alberti !)
Comme j’étais aussi la "correspondante à Rome" de la Revue des exploitants et producteurs LE CINEMATOGRAPHIE FRANCAISE j’avais fait une très longue et belle enquête sur ces lieux avec tarifs de tournage à l’appui… Plus tard j’ai correspondu aussi avec LE FILM FRANÇAIS.
Un peu plus tard, quand les choses se sont quelque peu dissociées, Annie a continué à travailler toute seule en association avec un autre acteur désormais décédé, Martial Bresson. Elle m’a demandé très souvent de venir doubler pour elle. Moi, j’allais toujours doubler partout et avec tout le monde, sans me mêler jamais de quoi que ce soit et travaillant avec ferveur. Je continuais à aller là où on me demandait, y compris avec les italiens et avec la compagnie de doublage américaine qui s’appelait au début ELDA et ensuite ARA.
Entre temps, moi-même j’ai eu des occasions de diriger quelques œuvres, comme Le Son et Lumières en version française pour le Théâtre Grec de Taormina en Sicile, Les amoureux de Peynet ou encore des cours de français pour les écoles italiennes.
Après un moment de creux, une période où l’époque du doublage commençait à changer et où Jean et sa femme étaient partis à l’étranger, c'est finalement moi qui, à leur retour, ai commencé à faire tandem technique avec Jean, comme assistante et actrice. Et cela a duré également pendant des années. Mais le temps des cassettes VHS et du numérique a commencé à changer peu à peu les choses, les goûts aussi. Le doublage dans toutes les langues a commencé à se faire plus rare, il n’y avait plus l’activité foudroyante de l’époque des westerns, des péplums, des films de karaté chinois et des films comiques italiens de la belle époque. Finalement, les équipes se sont dispersées.
Quand mon mari Philippe est décédé fin 1982, j’ai choisi de rentrer dans mon pays, la France, que j’avais quittée à l’adolescence pour suivre mon mari qui avait été appelé comme acteur en Italie et où il a fait plus de 100 films. Et j’ai choisi le Sud de la France où vivait ma grand-mère, une jeune fille de 104 ans qui écrivait au Président de la République pour l’engueuler. L'endroit était également un bon intermédiaire entre Paris, où je suis née, et Rome, où j’ai passé ma vraie vie de femme active.
Les contacts se sont peu à peu espacés par la force des choses et j’ai désormais perdu les contacts avec les collègues de Rome. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus...
On pourrait penser que j’ai eu 3 ou 4 vies différentes, toutes bien vécues… et que le ciel et ma propre conduite de vie, ainsi qu’une intense vie sportive, m’ont permis d’être toujours ce que je suis. J’en remercie mes bons gènes et les forces supérieures.

Vous rappelez-vous comment s'appelait la boite de doublage que dirigeait Jean Louis, puis celle d'Annie Alberti et Martial Bresson ?

Je ne sais pas du tout si la boite de Jean portait un nom ? Du moins à ma connaissance... Idem pour celle d'Annie et Martial. Si Annie m’appelait toujours pour doubler ensuite, nous étions amis du couple Landry, je ne sais pas comment les choses se traduisaient dans le concret, je ne m’en occupais jamais. Je venais pour doubler, je faisais en même temps mon métier de journaliste et je courrais au Tennis !
Pendant qu’on y est, il m’est revenu encore des choses : Jean Louis et moi nous étions archi-occupés par le doublage de la grosse série allemande L'Enquêteur dont nous avons précédemment parlé. Pendant ce temps, la nouvelle équipe formée par Annie et Martial avait accepté de doubler, en même temps que nous, une grosse série australienne The Flying Doctors (1986-1993). Nous avions forcément les mêmes acteurs. Mais pour moi qui était aussi l’assistante de Jean en salle, j’allais doubler avec Annie qui me faisait des "tours" à part en pistes séparées, et j’étais seule en salle pour doubler parfois plusieurs épisodes de mon rôle d’un seul coup. J’y doublais une grosse dame très drôle qui parlait très vite ! Personnage récurrent aussi !
Les doublages anglo-américain avait au moins 10 directeurs de plateau, autant d’adaptateurs pour les dialogues et autant pour l’assistance en salle. Nous étions moins nombreux qu’eux et n’en avions que plus de mérite.

Annie Alberti et Martial Bresson étaient donc devenus vos rivaux ?

Non Martial et Annie ne se sont jamais positionnés comme concurrents de Jean, ils étaient et sont restés de bons amis. Et Martial faisait comme moi, il doublait avec les deux.

Quelques rares génériques indiquent quelques informations supplémentaires. Ainsi, sur celui du film Bounty Killer à Trinita (1972), il est indiqué le nom du studio d'enregistrement "Doublage International", tandis que sur celui de Alleluia et Sartana, fils de... Dieu (1972), la société qui s'est occupée du doublage s'appellait "PBA.", mais je n'ai pas trouvé d'informations à ce sujet. Est-ce que ça vous dit quelque chose ?

Le studio d’enregistrement où Jean allait le plus souvent s’appelait bien "Doublage International". Par contre, PBA, je ne sais pas à quoi cela correspond…


Pouvez-vous nous citer quelques VF que Jean Louis a dirigé et pour quels groupes ?

Et n'oubliez pas de l'applaudir
à 20H de votre fenêtre !

Jean Louis a doublé, organisé, adapté, dirigé de nombreuses productions de Rizzoli et Titanus, parmis lesquelles Viva l'Italia de Roberto Rosselini (1961, mais sorti en France en 1969), La Tosca (1973) avec Monica Vitti, Vittorio Gassman et Gigi Proietti, Suspira (1977) de Dario Argento, L'Arme (1978) de Pasquale Squiettieri avec Claudia Cardinale... Ou encore de nombreux films pour le distributeur Jacques Leitienne parmi lesquels Les Démons de la nuit (1977) de Mario Bava, Le Continent des hommes poissons (1979) de Sergio Martino, L'Avion de l'Apocalypse (1979) d'Umberto Lenzi, Baiser Macabre (1980) de Lamberto Bava... Jean Louis s'est également chargé de quelques films avec Alberto Sordi, c'était d'ailleurs lui qui le doublait en l’imitant à la perfection : Profession Magliari (1959) de Francesco Rosi, Le Gynéco de la mutuelle (1968) de Luigi Zampa, Un héros de notre temps (1955) de Mario Monicelli... (NDIndianagilles : toutes ces VF semblent malheureusement avoir disparu, ces films, lorsqu'ils sont diffusés en France, le sont uniquement en VOST). Il y a également de nombreux films avec Edwige Fenech, Gloria Guida, Lino Banfi (que Jean a doublé), comme La Flic chez les Poulets (1976), La Lycéenne est dans les Vapes (1979), La Flic et la Police des mœurs (1979), L'Infirmière a le Bistouri facile (1980)... Tout un programme !


En parlant d'Edwige Fenech, j'ai pu constater qu'elle avait très souvent été doublée par Annie Alberti. De plus, elle semble avoir également collaboré au x scénarios de deux de ses films, La Toubib du régiment (1977), ainsi que La Prof et les cancres (1978)

Oui, c'était bien elle et je l'ai probablement parfois doublée aussi, mais j’en ai doublé tellement que je ne m’en rappelle plus.


Edwige Fenech était aussi une française expatriée qui a travaillé quasi exclusivement en Italie. Vous m'avez précédemment confié avoir fait appel à elle pour un doublage. Du coup, venait-elle parfois aussi se doubler elle-même ?

Effectivement, c’est moi qui avais fait appel à Edwige Fenech pour mon tout premier doublage français technique en tant que direction, adaptation, au tout début avec Jacques Sernas, mais ensuite, je ne me souviens pas l’avoir vue doubler avec nous. Je ne l’ai jamais revue. Jean Louis n'était pas encore arrivé en Italie, je pense, ou je ne le connaissais pas encore.


En tout cas, les belles étrangères comme Edwige Fenech étaient toujours les bienvenues en Italie !

Oui ! Il y avait aussi à Rome une très charmante actrice, prise sous contrat par la Production VIDES, Yvonne Monlaur, d’origine russe elle aussi comme Macha Méril. Yvonne n’a jamais doublé avec nous, car je pense qu’elle avait déjà quitté Rome. Elle vivait aux environs proches de Paris et son fils lui a fait, je crois, un très beau site. (NDIndianagilles : Yvonne Monlaur est décédée en 2017 à Neuilly-sur-Seine à 81 ans).

Yvonne Monlaur

 

Vous avez mentionné Suspira de Dario Argento parmi les doublages dirigés par Jean Louis. Dans ce film, qui est encore aujourd'hui extrêmement populaire, j'ai en effet reconnu Jean Louis sur l'acteur Allemand Udo Kier, et il me semble bien que c'est vous qui doublez Alida Valli.

Oui c'est bien moi qui doublais Alida Valli dans Suspira et c'est la seule fois que je n'ai pas eu de plaisir à le faire car ce n'était pas un rôle pour moi. J'aurais préféré doublée l'autre actrice que Martine Brochard a doublé, Joan Bennett qui parlait très vite et était volubile ce que n'aimait pas trop Martine. Elle aurait été mieux que moi sur Alida Valli en parlant plus lentement et moi sur Joan Bennett en parlant plus vite. Nous aurions dû échanger nos rôles, mais Jean m'avait dit qu'il n'avait personne sous la main pour doubler Alida Valli, beaucoup trop statique et dramatique pour moi. Ce rôle, selon moi, ne me correspondait pas. Il fallait que ça vibre et que ce soit rapide et pétillant pour moi ! Quand je pense que j'ai joué le personnage principal, Esther dans la tragédie de même nom de Racine avec Georges Adet de la Comédie Française, en tournée au théâtre en Suisse ! Et je n'avais que 17 ans ! Eh bien, j'y suis arrivée, j'ai appris 400 vers classiques par cœur en 3 ou 4 jours, je ne me suis jamais trompée d'une virgule et on ne m'a pas jeté de tomates ! Ce sont des apprentissages rigoureux ! Mais dans la même tournée je jouais "Marianne" dans L'Avare de Molière et c'était beaucoup mieux pour moi, de même que j'avais adoré jouer le rôle d'un jeune petit serviteur masculin rigolo dans je ne sais plus quelle pièce... C'était déjà un bon bagage et la Suisse sous la neige était bien belle !


Vous venez de citer Martine Brochard qui a fait une fort belle carrière en Italie, on peut par exemple l'admirer en chair et en os dans Chats rouge dans un labyrinthe de verre (1975) d'Umberto Lenzi ou encore Police Parallèles / Les rues de la violence de Sergio Martino. Elle a donc aussi fait partie des expatriés français qui ont fait du doublage français en Italie. Pouvez-vous nous parler un peu d'elle ?

Martine Brochard était au départ une amie d’Hélène Rémy. Martine nous avait donné des places pour aller l’applaudir au théâtre à Rome, où elle était très talentueuse. Elle avait un ami italien dans sa vie et faisait du théâtre avec lui, dans un italien parfait. Elle avait une voix un peu plus grave que la mienne. C’était une bonne actrice Martine...

La pétillante Martine Brochard a récemment été interviewée par Le Chat qui fume
pour son rôle dans "Chats rouge dans un labyrinthe de sang".



Alida Valli (VF : Geneviève Hersent) et Joan Bennett (VF : Martine Brochard)
Je ne sais pas vous, mais je trouve les versions françaises bien plus agréables à voir !



Wikipedia ne mentionne aucun de vos noms pour le doublage français, par contre il est indiqué que celle qui doublait Jessica Harper serait l'actrice Canadienne Guylaine Gibert. Cette
info est fausse, puisque j'ai bien reconnu votre camarade Annie Landry sur ce rôle et ce n'est ni la première, ni la dernière fois que Wikipedia donne une mauvaise info. Mais ce qui m'intrigue c'est que... enfin quoi ! Une Canadienne du nom de Gibert dans le milieu du doublage ? Un rapport avec Guy Gibert ou est-ce un bon gros hasard ?  Ça vous dit quelque chose ?

Guylaine Gibert est effectivement le nom de la fille de Guy et Josiane Gibert. Je ne l’ai pas bien connue car elle était petite quand j’ai doublé avec Jean le rôle d’Alida Valli dans Suspiria. Effectivement je doute que Guylaine ait été là, car les Gibert avaient, je crois, déjà quitté Rome. Ils ont ensuite résidé et travaillé en Belgique. Vraiment je ne sais pas comment Guylaine Gibert a continué sa vie, j’ai perdu les Gibert de vue (NDIndianagilles : Guylaine Gibert fait effectivement du doublage en Belgique, notamment sur le dessin-animé Pokemon. Un de ses rôles les plus connus et populaires dans le doublage fut celui de Nils Holgerssen dans le dessin-animé Japonais Le merveilleux voyage de Nils Holgerssen aux pays des oies).
Est-ce qu’elle a doublé ou pas dans Suspiria ? Je ne sais pas qui venait doubler en dehors des tours que j’avais moi-même, mais j’en doute, car Gibert avait laissé pas mal de "casseroles" sur son passage et j’ai encore gardé le nom des films et combien il me devait encore ! Cela dit, je ne peux rien affirmer d’autre que ce que je vous ai dit, et de plus, ils étaient sympas. Je sais juste que, pour ce doublage, il y avait aussi Martine Brochard avec qui j’avais des scènes en colonnes séparées.



Quelques mots sur Josiane Gibert, la mère de Guylaine et épouse de Guy ? A-t-elle fait partie des actrices qui ont doublé avec vous ?

Josiane n'était pas parmi les doubleuses de nos équipes, car elle était déjà partie avec Guy pour la Belgique. Mais je l'aimais beaucoup. Elle était vraiment charmante, jolie, intelligente et gentille. Elle portait de grosses lunettes !  En fin de compte, nous étions de bonnes petites équipes sympas ! En tout cas, je n’ai de toute cette époque, que de très bons souvenirs avec tout le monde.


 

PETITE PAUSE NÉCESSAIRE DANS L'ENTRETIEN...


Guylaine Gibert
... afin de développer un peu le sujet de la famille Gibert. Mais profitez-en aussi pour aller vous hydrater et vous rendre aux toilettes, comme à la bonne vieille époque des entractes au cinéma, sauf que vous n'aurez pas à faire la queue, bient entendu ! Nous n'en avons pas encore terminé. J'espère en tout cas que tout ceci vous plaît. Je suppose que oui, sinon vous ne seriez pas arrivés jusqu'ici et ne seriez pas en train de lire ces quelques lignes presque perdues au milieu de cet entretien.

Guylaine Gibert, fille de Guy et Josiane Gibert, est toujours dans le monde du doublage et réside encore en Belgique de nos jours. Elle n'y est pas qu'actrice, puisqu'elle est, comme son père le fut avant elle, directrice artistique, mais sans vouloir faire offense à son père, elle est bien plus talentueuse à ce poste qu'il ne l'était. Elle a notamment dirigé la VF belge polémique du film d'animation Cowboy Bebop de 2001 (polémique car ne reprenant malheureusement aucune voix française de la série) ou encore des excellents films d'animation du regretté Satoshi Kon, Millenium Actress (2001) et Tokyo Godfather (2003).
Elle n'a effectivement pas participé au doublage de Suspiria car elle devait être un peu jeune à l'époque, puis je suis sûr de moins en indiquant qu'il s'agit de la voix d'Annie Landry. De plus, il me semble que son tout premier doublage repertorié est celui du personnage de Nils Holgerssen dans le dessin-animé japonais Le Merveilleux voyage de Nils Holgerssen aux pays des oies sauvages (1980/1981). Il est à noter que, au cast de la VF de ce dessin-animé, est également présente Josiane Gibert, sa mère.
Vous pouvez retrouver la fiche Wiki Doublage de Guylaine Gibert en cliquant ici, sans oublier la fiche de Planète Jeunesse où tout ce qu'a réalisé Guylaine Gibert dans le domaine de l'animation a été répertorié.

Josiane Gibert
Pour ce qui concerne Josiane Gibert, de son véritable nom Pierrette Belair, j'ai découvert beaucoup de choses très intéressantes. Pour commencer, on peut aller jeter un oeil encore une fois chez l'inévitable site de Planète Jeunesse qui répertorie également ses divers doublages dans le domaine de l'animation.
Plus intéressant encore, on peut faire un raccord avec ce que j'avais noté au tout début de mon enquête sur Guy Gibert. J'ai découvert une fiche IMDB regroupant les nombreuses activités de Josiane Gibert au cinéma, sous le nom de Josyane Gibert. Comme son mari, vous pouvez constater qu'elle n'était pas avare en pseudonymes en tous genres, même si la plupart sont proches l'un de l'autre.
Comme vous pouvez aussi le constater, Mme Gibert semble avoir connu une petite carrière dans les films d'horreur (Yves) low cost des années 70, la plupart se situant plus dans la catégorie Z que B. Et d'ailleurs, les Gibert semblent avoir pas mal collaboré avec Jesus Franco et Jean Rollin, ce qui situe un peu le style.
Mais ce n'est pas la seule chose qui pourra attirer l'oeil ici. En effet, vous pouvez aussi constater qu'elle fut également monteuse sur trois films, dont un se nommant Tous les chemins mènent à l'homme (1974) réalisé par un certain Jack Guy, alias Yves Coste, alias Max Pecosas alias... Guy Gibert ! Je vous avais d'ailleurs déjà parlé de ce film au touuuuuuuuuuut début de mon enquête, c'est ce qui m'avait permis de savoir que Yves Coste = Guy Gibert. Vous pourrez aussi noter qu'elle joue dans le film et qu'on peut également y retrouver... un certain Jacques Herlin ! Si tous les chemins mènent aux hommes, ils mènent surtout à Rome, et ça c'est bien plus connu.
Dans Dracula,prisonnier de Frankenstein (1972)
de Jesus Franco
Autre chose intéressante, elle fut aussi monteuse du film Une vierge chez les Morts-vivants (1973) où figure un certain Paul d'Alès crédité pour les dialogues français. Ce nom était indiqué sur de nombreux génériques français des doublages Made in Roma, comme je vous l'avais dit aussi. Et si je soupçonne fortement toujours Paul d'Alès d'être un énième pseudonyme de Guy Gibert, difficile d'en être certain à 100%, mais en tout cas, s'il ne s'agit pas de lui, les deux hommes devaient être proches. À noter que pour sa casquette de monteuse, Josiane Gibert est créditée sous son vrai nom, Pierrette Belair.
On continue : j'ai trouvé sur le site "Alamy", banque d'images de diverses agences, des photos de Josiane Gibert avec un intéressant commentaire pour les accompagner. Les photos datent de 1965, vous pouvez les voir en cliquant ici, et elles comportent la légende suivante : "Autochtone du Canada Français, est arrivé à Rome la belle blonde et séduisante comédienne Josiane Gibert, née à Montreal. Elle a été vedette de télévision et chanteuse appréciée. Le film Pas de vacances pour les idoles a révélé l'actrice au public. Maintenant, elle est à Rome pour travailler dans un film réalisé par Mino Guerrini." Après recherche, je n'ai trouvé aucune participation de Josiane Gibert dans aucun film de Mino Guerrini. Par contre, vous aurez noté qu'il était mentionné le fait qu'elle était une chanteuse appréciée... Et j'ai en effet trouvé deux chansons de Josianne Gibert. Sa courte discographie qui est repertoriée ici. Josiane Gibert figurait également sur la pochette d'un album de Georges Tremblay qui date de 1966 :

Essayez de ne pas Tremblay et regardez Josiane dans les yeux. J'ai dit les yeux.

Une des photos trouvée chez Alamy date de 1966 et comporte une autre légende : "Janvier 1966 nouveau style de l'été. Novella Parigini "paintresse" romaine lance un nouveau style pour les femmes pendant la saison d'été . Elle en a donné une preuve en ayant comme modèle la belle et blonde comédienne Josiane Gibert, née au Canada, et en réalité à Rome pour le cinéma. En août prochain, nous allons résumer les résultats !".

 
Josiane Gibert interpète fort joliment "Puisque je sais tout",
titre également interprété par Vonny Berger

Voici également ENFIN deux photos de notre extrêmement discret Guy Gibert. L'indispensable Valor, que je remercie, m'a fait parvenir un enregistrement du film Les Baiseuses (1972) que Guy Gibert a réalisé et dans lequel il apparaissait. Il a donc fallu tomber sur une VHS Néérlandaise au doublage Allemand pour parvenir à enfin dénicher notre homme ! Voilà, nous pouvons enfin mettre un visage sur notre fameux "Yves Coste" :




FIN DE L'INTERRUPTION.
NOUS POUVONS REPRENDRE NOTRE ENTRETIEN AVEC GENEVIEVE HERSENT :


Josiane Gibert, Annie Landry, Martine Brochard... Elles ont toutes les trois tourné dans des films d'horreur. Vous pas, mais en plus du doublage Suspiria, je vous ai par exemple entendue sur le film de zombies Le Massacre des morts vivants (1974) de Jorge Grau. Vous y doubliez l'actrice principale espagnole Cristina Galbo.

Ah oui, pour les films d’horreur, quelle horreur ! Je détestais cela et j’en ai doublé, à mon souvenir, très peu. Mais quand cela se présentait, comme avec les zombis, je doublais en mettant ma visière de Tennis pour me cacher le plus possible les visages sur l’écran !


En tout cas, votre doublage sur ce film était très bon, contrairement à celui du comédien qui doublait Ray Lovelock et qui y était hyper caricatural ! Et là, je vais en venir "au sujet qui fâche". Bien qu'ils aient un certain effet "madeleine de Proust" et qu'ils aient un charme tout à eux, les doublages français Made in Roma, en particulier ceux de la période Guy Gibert et Pierre Richard, n'ont pas toujours très bonne réputation.

Contrairement aux bruits qui ont pu courir, sans doute car nous dérangions un peu la routine du doublage parisien, le doublage à Rome était de qualité et le travail était fait en bonne et due forme, à tous points de vue. C’est en tout cas grâce à Jean Louis, à son travail harassant et à son talent, car Jean était un homme très brillant, que le doublage à Rome a pu exister et se développer. Mais n’oubliez pas qu’il y avait aussi d’autres personnes que lui qui en faisait et, je ne veux pas les citer, mais tous n’avaient pas le talent et le sérieux scrupuleux de Jean. Il faut se méfier des jugements portés sur les doublages français faits à Rome, il y avait à boire et à manger...
Mais en gros, il y en avait souvent parmi les acteurs qui "rigolaient" au doublage, alors que moi, j’étais tellement passionnée que j’aimais essayer de "bien faire", au point que je n’allais même pas manger avec les autres à la pause pour ne pas me déconcentrer. Je restais avec mon casse-croûte : en général une carotte, une endive, un œuf dur, un bout de fromage et une pomme, avec un petit coup de blanc ! Les fenêtres du studio ouvertes et les pieds surélevés sur une chaise, dans le silence... Puis je révisais le "copione", je lisais mon texte, je m’en imprégnais... et j’avais horreur des cancans ! Et comme me disait Jean : "Crâne de Boche et tête de Schleu" !
En tout cas, dans ses œuvres littéraires, Jean recherchait le mot juste et parfois, il le cherchait dans les autres langues car les traductions des dictionnaires lui apportaient souvent de très bonnes idées. C’est un bon truc…Il parlait un très beau français, très bien l’italien comme vous avez pu le constater dans Noi Uomini duri, bien l’anglais au point de pouvoir accoucher de magnifiques traductions sur le bouddhisme, et avait gardé de très bonnes réminiscences de l’espagnol et de l’allemand. Il était friand du beau français, comme je le suis moi-même, et je déplore que notre belle langue soit tellement galvaudée, écorchée, estropiée...


Toujours dans les sujets qui fâchent, il y avait en tout cas parmi vous tous, un acteur à la voix très caractéristique et au phrasé bien étrange qui a clairement l'unanimité contre lui parmi les amateurs de versions françaises. Il a comme une drôle de voix de grand père, alors qu'il ne semble pas si vieux, avec un accent type paysan du terroir ! Par chance, il double généralement des personnages qui ont le bon goût de rapidement se faire tuer. Dans mes folles théories, j'en suis venu à me demander s'il ne s'agissait pas de Guy Gibert, venu compléter un casting parfois un peu trop réduit. Surtout que j'ai vu qu'il avait visiblement joué dans un des films coquins, Tous les chemins mènent à l'homme, que Gibert avait réalisé sous un autre pseudonyme, celui de Jack Guy. Le film est introuvable et je n'ai donc pas eu la possibilité de vérifier ça.

Je ne vois pas d’emblée quel serait le comédien doubleur dans notre équipe que vous évoquez... Comme nous n’étions pas toujours assez nombreux, Jean Louis utilisait chacun et savait se servir de ses défauts qui convenaient très bien à la situation. Nous faisions parfois, lui comme moi, jusqu’à 5 ou 6 voix différentes de personnages secondaires à côté. Nous avions plusieurs acteurs avec le type de voix dont vous parlez... En tous cas, ce n’était pas Guy Gibert qui ne doublait pas, mais qui traitait juste les affaires.

(Je lui fais écouter cette vidéo, espérant que cela puisse élucider le mystère de tous les mystèr
es du doublage français !)


Impossible de poser un nom sur celui que vous cherchez, même en fermant les yeux ! Il faut dire que les voix changent au micro, et comme je n’allais jamais au mixage je n’ai jamais entendu vraiment ce que nos voix donnaient. En salle, à l’écoute des prises, on est concentré sur la synchro, plus que sur le son. Et le jeu de l’acteur mimant l’autre sur l’écran fait qu’il change de voix !  Je sais que je ne me suis presque jamais reconnue à l’écoute, j’avais toujours l’impression que c’était une autre personne… et je ne suis pas la seule à le dire. Je me souviens, je disais toujours : « C’est moi ça ?... » Je ne m’entends pas parler de la même façon à la ville ! Les médecins disent toujours que la résonance de la cage thoracique vous envoie un autre son intérieur que le son que les autres entendent.
Pour en revenir à notre homme, peut-être faisait-il part
ie d'une des autres équipes que je vous ai citées, et avec qui parfois Jean travaillait comme acteur seulement ?


Je vous ai entendu doubler dans de nombreux films avec lui. Mais si vous enregistriez à part, cela ne veut donc pas dire grand chose. Mais je pense que vous devez forcément le connaître, car on l'entend vraiment très très souvent. Trop souvent !

Il faut dire qu’il y a eu deux époques : dans la première, je ne venais QUE pour doubler car, comme vous le savez, je menais de front mon travail de journaliste correspondante à Rome de différents journaux et magazines et d’attachée de presse pour les américains. Et en dehors de cela, j’étais au Tennis avec mon mari et je couvrais chaque année pour un journal américain "gli Internazionali di Tennis del Foro Italico" qui avaient lieu juste avant Rolland Garros, et j’étais tellement passionnée que je priais pour ne pas avoir un tour de doublage au même moment ! J’inte
rviewais tous les champions… Il se peut que dans tout cela, je n’aie pas suivi certaines choses. Puis  est venue la deuxième époque : où il y a eu des départs, des retours, des décès, des changements… Et c’est là que j’ai commencé à faire équipe pendant des années avec Jean Louis, artistiquement et techniquement, dans une réelle reprise du doublage français qui avait cahoté pendant l’absence de Jean à l’étranger durant quelques mois. Il faut dire que Jean avait fait appel aussi à plusieurs reprises à des acteurs venus de Paris. Mais entre les "nôtres" en général, chacun changeait si bien sa voix que, même en allant au mixage quelques fois, on ne les reconnaissait que difficilement.
Jean Louis adorait d'ailleurs prêter sa voix aux petits personnages marrants ou même aux vieux gâteux. Et moi aussi, ma gamme s’étendait du nouveau-né à la centenaire sans dents. J’ai d'ailleurs doublé beaucoup de dessins-animés. J’adorais ça. Sans famille, bien sûr, mais aussi Calimero, en remplacement momentané de sa créatrice. J’ai également doublé un petit lapin, dans les 3 langues, sous la direction de Gisèle Mathews du doublage américain à Rome (elle en parlait couramment quatre) : c’était Leopinpin en français, "Leoniglio" in italiano, et "Leobunny" in English... mais les carottes se grignotaient toutes dans la même langue ! On a continué à m’appeler "pinpin" pendant des années ! J'ai beaucoup aussi doublé de voix d’enfants.

J'ai retrouvé le lapin (???) en italien, en anglais...
mais pour ce qui du pinpin en français, alors là, tintin !



Bon... Il semblerait que le mystère de l'identité de notre homme soit donc condamné à demeurer éternel. Quelle déception !

À bien y repenser, nous avions parmi nos "piliers" toujours présents en permanence, les voix très très spéciales de Martial Bresson et d’Hervé Ducroux, ce dernier avait une petite troupe de Théatre à Rome et je l’avais vu se produire très brillamment dans "Les Fourberies de Scapin" où il était excellent. Mais Jean ne pouvait pas le programmer facilement, tellement sa voix un peu aigrelette était reconnaissable. Quant à Martial Bresson, dont nous avons parlé par rapport à Annie Alberti, Jean l’a programmé un peu partout. Il avait des difficultés à prononcer certains mots : comme par exemple "le fusil de chasse" où il disait le "fugi de sache", "l’Arrêt au port" pour "Aéroport" ou "attation" au lieu de "attention" ! Nous prenions de grands fou-rires avec Martial qui acceptait tout, gentiment ! Son nom véritable, à consonance italienne, ne me revient pas, mais il était le frère d’une autre jeune actrice française qui a fait une mignonne carrière en Italie et qui avait un nom italien en "i" à trois syllabes, elle aussi (NDindianagilles : il s'agit de Dominique Boschero et le vrai nom de Martial Bresson était Martial Bresson). Hervé Ducroux et Martial Bresson avaient un peu les mêmes caractéristiques de voix, avec Hervé un peu plus aiguë et aigrelette ! Mais en fin de compte, les deux se débrouillaient pas mal du tout, bien dirigés par Jean qui exploitait leurs défauts. Moi je ne les voyais qu’aux prises avec leurs difficultés en salle, mais une fois terminé c’était super !




(NDIndianagilles : Martial Bresson possède une fiche IMDB. On pourra noter qu'il a jouer dans un film avec Annie Belle et Gérard Landry. Mais il a une autre fiche à son véritable nom, Martial Boschero. Il semble avoir produit pas mal dans les films érotiques. Même si sa mort n'est indiqué nul part, Martial Boschero/Bresson, nous a quitté il y a assez longtemps d'après Geneviève. Je n'ai pas encore réussi à le retrouver dans ses rares films, donc quelques westerns, car il est rarement crédité avec un nom de personnage...
Après avoir fait écouter de nombreux extraits d'autres acteurs à Geneviève, il semblerait que notre Martial Bresson soit peut-être plus le comédien qui double justement assez mal Ray Lovelock dans Le Massacre des morts vivants dont j'ai parlé plus haut ou encore Tomas Milian et Luciano Rossi dans La Mort en Sursis / Le Clan des pourris. La voix dont je parle est en tout cas très présente dans les doublages de westerns, souvent sur les méchants, avec une voix un peu aigre et caricaturale à l'extrême comme dans un dessin-animé.


Dominique Boschero, soeur de Martial Bresson/Bosquero



Quant à Hervé Ducroux, c'était un petit jeune né en 1957 et il connaît encore aujourd'hui une belle carrière dans le théâtre en Italie. Mais je n'ai pas réussi à identifier sa voix dans les doublages de Rome. Sa fiche IMDB est plus remplie que celle de Bresson et il continue de travailler de nos jours. Il semble résider de nos jours encore en Italie, à Florence)

Hervé Ducroux

Vous avez dit que vous ne vous vous êtes rarement entendue en dehors de l'enregistrement du doublage. Vous ne regardiez donc jamais les films que vous doubliez ?

Les seuls films que j’ai vus et revus et appréciés, sont les épisodes de L’Enquêteur à la TV, c’était époustouflant de rapidité et d’humour !
La seule autre fois que je me suis entendue dans un doublage de film entier, ça avait été sur invitation du directeur de plateau du doublage anglais, Nick Alexander, qui m’avait confié à doubler le rôle principal en anglais, celui de l’actrice Capucine, où il fallait l’accent français, mais quand même pas trop ! Il m’a beaucoup reprise et m’a dit ensuite "viens t’entendre". J’avoue que je ne me suis pas rendue compte que c’était moi, c’était vraiment une autre personne qui parlait mieux que moi anglais ! Incroyable. Et Nick me disait : "tu vois ce que tu es capable de faire ?" Il était de ces directeurs qui voulaient à tout prix imposer sa musicalité. D’autres laissent plutôt l’acteur libre de "sentir" autrement... et j’ai travaillé vraiment "à l’oreille".
Je me suis vue et entendue en anglais aussi dans Leopinpin et dans un dessin-animé de Blanche Neige où je doublais un nain, la sorcière et plein de petits trucs à côté, car dans ces caricatures, aussi incroyable que cela puisse paraître, mon accent français disparaissait complètement ! Il est évident que pour Blanche Neige, il fallait avoir un anglais blanc comme... neige.


Que des doublages anglais, du coup. Vous ne vous êtes donc jamais entendue sur vos doublages français ?

En réalité, je n’ai jamais vu grand chose, car au début je travaillais encore comme journaliste etc…et puis j’allais au Tennis ! Je ne regardais pas les films que nous doublions parce que je n’en avais tout simplement pas le temps. J’étais encore occupée dans mes autres activités. J'avais interviewé le joueur italien Adriano Panatta, que j'ai bien connu, et surtout Nicola Pietrangeli. Je les suivais, les photographiais et j’étais correspondante d’un journal de Los Angeles pour lequel j’écrivais mes reportages. J’avais déjà ma Carte de Presse (de la Presse Etrangère). Je me souviens avoir vu Yannick Noah qui faisait aux "Internazionali di Roma" son premier grand tournoi. La presse locale disait qu’il avait des jambes de gazelle, il était sous mon nez avec de beaux cheveux crépus en carré !


Pouvez-vous nous citer quelques-uns de vos doublages italiens et anglais ?

J’ai énormément doublé avec les italiens de 1968 à 1997. J'ai doublé, entre autres Isabelle Hupert, Nicole Garcia, Emmanuelle Riva que j’avais doublé pour Polansky, j'ai doublé pour Risi, Visconti (Mort à Venise...)... et tous les Fellini. J'ai aussi doublé pour la série Dallas et Amour Gloire et Beauté, "Beautiful"en Italie,... J'en ai fait des tonnes !
Sans oublier ce dont nous avons déjà parlé comme les Voix OFF pour l’Istituto Luce, la RAI, Folco Quilici, Bruno Vailati, lequel m’avait confié le choix et la direction des voix off de tous ses documentaires, etc...
J'ai beaucoup doublé avec les anglais-américains de 1978 à 1997. J'ai doublé Capucine, Hélène Chauvin et bien d’autres requérant l’accent français. Et des dessins animés !
Mais avant, avant, avant tout... avant nous, il n’y avait eu que le pauvre mais très gentil italo-français Luigi Casciano pour les voix françaises dans les doublages italiens. Il était le spécialiste des croupiers : "10, je passe, impairs et manque"... On n'entendait que sa voix dans tous les films italiens. Il était bien brave, dans le sens français du terme... mais un vrai désastre ! Une vrai équipe française manquait vraiment.
C’est donc vers 1968 que le doublage véritablement "français" a dû commencer peu à peu à prendre tournure à Rome.


Il ne me semble pas inutile de faire le point en faisait un rapide résumé à partir de cette période là sur le doublage français en Italie.

Dans l’ordre il y a donc eu : Philippe et moi pour ce premier film de la Production VIDES où j’avais engagé avec nous deux Edwige Fénech et Jacques Sernas, puis les Gibert, puis les Richard, puis Jean en équipe avec Annie Alberti Landry, puis les Moffa, puis il y a eu un creux où Jean a voyagé, puis Jean est revenu et a fait équipe avec moi Geneviève de 1987 jusqu’à 1997 à peu près, époque où je suis rentrée en France.


Comme vous exerciez également l'éctivité de photographe pour illustrer vos reportages, en auriez-vous aussi de vous et de vos fameux camarades durant les enregistrements de vos doublages afin que l'on puisse leur donner un visage aussi ? 

Hélas non, je n’ai aucune photos de la période du doublage, absolument rien. J’étais tellement concentrée sur mes rôles que je ne pensais pas à autre chose !


Parmi les trop rares acteurs que nous étions parvenus à identifier avec certitude, on y trouvait Michel Bardinet, Jacques Herlin et le Québecois Jean Fontaine. Quels autres acteurs faisaient parti de vos équipes ?



Je ne vois pas qui est Jean Fontaine, mais Jacques Herlin a en effet doublé très souvent avec nous. Quant à Michel Bardinet, c'était un bon copain, ravi de faire un saut dans la Ville Eternelle de temps en temps. Je crois qu'il est malheureusement décédé (NDIndianagilles : Michel Bardinet est en effet décédé en 2005 à 73 ans).
Pour ce qui est des acteurs dispoibles sur place, je parle ici de ceux qui vivaient à Rome, pas de ceux que Jean faisait venir de Paris à l’occasion. Je viens de regarder mes archives de technicienne assistante en salle, une organisation que je faisais avec Jean en même temps que mes rôles. Donc parmi les acteurs que je convoquais, mais qui sont inconnus, j’ai encore mes listes, il y avait environ 35 hommes et 25 femmes, plus les doubleurs italiens parlant français, et les doubleurs américains ou anglais parlant français.
Parmi les principales voix nous avions souvent, côté hommes, il y avait Jacques Stany, qui venait assez souvent et qui avait tourné aussi plusieurs films comme acteur. Il rappelait un peu Danny Kaye. C'était un vrai clown en société qui aimait reproduire les sketches de Jerry Lewis, comme celui célèbre de la machine à écrire, et qui nous dérobait nos montres avec une dextérité de prestidigitateur !


Jacques Stany en chair et en os dans "Meurtre par intérim" (1971)
film dans lequel figure également son camarade Michel Bardinet.
Contrairement à Bardinet, ce n'est pas sa voix sur la VF "de Paris".
 
Jacques Stany a un autre film en commun avec Michel Bardinet : "Technique d'un meurtre" (1966)
Il figure au tout début du film, avec Rober Webber. Il est doublé sur la VF par Jacques Ferrière.
 
La voix de Jacques Stany est également présente dans de nombreuses versions italiennes,
il double par exemple le français Frédéric de Pasquale
- qui joue un français, d'où l'accent nécessaire -
dans "La Grande Bagarre" (1977) avec Bud Spencer


C'est également Jacques Stany qui double Henri, le pigeon français,
dans la version italienne de "Fievel et le nouveau monde" (1986)


Nous avions aussi Hervé Ducros, dont nous avons déjà parlé, qui faisait du théâtre et qui montait ses pièces. Nous avions Jacques Sernas, le Suisse Paul Müller qui avait une cadence particulière, ou encore l'Italien José Quaglio qui était très gentil et m’avait demandé de lui traduire en français un scenario qu’il avait écrit en italien et qui était très bon. Je ne sais rien de ce qu’il en est advenu...
Mais le plus grand "pilier" après Jean a été indiscutablement Bernard Chaperon qui venait de Suisse, il
a doublé énormément de grands et beaux rôles à ses côtés. Il avait une belle voix grave, car il fumait beaucoup, un peu comme celle de Jacques Berthier à Paris.
Je peux aussi citer Jacques Peyrac, Pierre Guicheney, Jean-Pierre Duriez, Jean-Christophe Bretinière, Quentin de Fouchécourt (un jeune qui doublait "Mino il piccolo Alpino"), Philippe Barbut, Gil Cuomo, Patrick Gorasny, Jean Lionnet... Ce dernier n’était pas acteur, mais il se débrouillait très bien et c’était toujours une voix de plus. Je me souviens qu’il œuvrait dans le domaine musical et qu’il était très érudit, sans histoire, très gentil... Il nous a bien servi ! Il nous avait fait aussi quelques adaptations.

Générique du film de 1974 avec David Niven : "Les Temps sont durs pour Dracula"
alias "La Folle Histoire de Vampiror", alias "Vampira" (décidez-vous !!!).

 

avec les voix de :

David Niven - Comte Dracula - Jean Louis

Teresa Graves - Comtesse Dracula - Geneviève Hersent

Nicky Henson - Mark Williams - Bernard Chaperon

Jennie Linden - Angela - Annie Landry

Peter Bayliss - Maltravers - Michel Bardinet



Il y avait aussi "Popol", Paul Branco (Paolo Bernacchioni) un des seuls véritables amis de Jean parmi tous les "personnages" du doublage. Popol était un français vivant à Rome, d’origine italienne, c’était un brave gars qui n’était viscéralement dans aucune "intrigue", et c’est pourquoi Jean l’aimait bien car on pouvait lui faire confiance, mais comme acteur il était dans la même catégorie, avec une voix un peu voilée et douce. Comme Jean savait à merveille se servir des défauts de ses doubleurs pour en faire des qualités, Popol fut l’un des personnages récurrents de la fameuse série L’Enquêteur puisqu'il doublait "l'aide" de Faber et du Commissaire, un bon gros qui comprenait toujours à retardement (Popol). Il était parfait, vraiment délicieux en parfait crétin (alors qu’il était loin de l’être…).
Popol aimait l’Amérique, les Indiens... et avait même écrit un scenario sur eux. Jean et Paul étaient proches de la nature, ils aimaient les oiseaux, les arbres... Popol vit actuellement en Calabre et m’a appelée en pleurant pour le décès de Jean…
Nous avions aussi des réserves avec "accent" comme le Canadien Ted Rusoff en anglais (NDIndy : on peut l'entendre sur le prètre dans Le Tueur à l'orchidée), et plusieurs bons doubleurs italiens qui parlaient bien français, mais c'était assez rare d'en avoir besoin. Je me souviens que pour la série TV L'Enquêteur, Jean m'avais demandé de lui recruter des Turcs, il y en a beaucoup en Allemagne, et j'avais fait appel à l'ambassade de Turquie. Je lui en avais donc trouvés qui soit capable de doubler des bribes en français, mais cela était quand même plutôt rare.
Il y avait aussi ce brave Gustavo De Nardo qui venait doubler aussi sous le nom de Gustave di Nardo. Jean l’aimait bien aussi, mais il avait un gros défaut, surtout au micro, il sentait l’ail à tomber par terre ! Il avait une très grosse voix, et quand j’ai dirigé entièrement le spectable pour le "Son et Lumières" du Théâtre Grec de Taormina en Sicile, à la demande du Maestro Nascimbene, auteur des musiques et du
Gustavo De Nardo dans
"Arizona Bill" (1964) de Mario Bava

texte, je l’avais engagé pour faire la voix du cyclope dans une caverne avec l’écho… Gustave était impressionnant !
Et j’avais engagé aussi Michel Bardinet pour Cicéron, Jean Louis pour Prométhée et j’avais fait faire à mon mari Philippe le rôle de Léonard de Vinci. Quant à Annie Landry, je l'avais engagée pour le personnage de "La lune", elle y était délicieuse et timide, ce qui lui avait procuré des petits bruits de "salive et de langue" et il avait fallu couper chacune de ses respirations au montage, car ces borborygmes étaient décuplés par les 24 pistes stéréo du Théâtre Grec en plein ciel. Un travail de romain !
Moi je ne sais plus ce que je faisais au milieu de tout cela,  mais je vous l’avais raconté, j’avais fait les "Rires des bacchantes", des rires fous de toutes sortes, pendant plusieurs minutes, c’était trèèèès long ! Et le Maestro Nascimbene les a gardés pour TOUTES ses versions (anglaise, italienne, espagnole…). C’est Vittorio Gassman qui avait fait la version italienne.
Le Maestro Nascimbene, très connu, avait son propre studio d’enregistrement, car il composait de très belles musiques de films. Je ne sais pas si ça y est toujours, mais 20 ans après, ce "Son et Lumières" à Taormina y était encore.
Je suis retournée en Sicile cinq fois : la première à Catania pour y chanter à la guitare mes chansons westerns, puis pour y suivre Philippe qui tournait I Mafiosi (1959) dans un village, scénario relu et accepté par la Mafia. Le jour de notre arrivée il y avait eu un règlement de comptes, des membres d’une famille avaient été zigouillés ! Pour nous qui arrivions de Paris ça faisait un drôle d’effet...

Comme l'aurait dit le regretté Patrick Juvet : "Où sont les femmes ?" Vous n'étiez quand même pas seule pour faire toutes les voix féminines ? Vous n'auriez jamais eu le temps d'aller jouer au Tennis !

Il y avait un peu moins de rôles de femmes dans les Westerns, les Peplums et dans les Kung Fu, donc nous étions moins nombreuses. À part Martine Brochard déjà citée et  qui étaient connue, nous avions de bonnes voix mais qui étaient plutôt inconnues. Seule Milena Vukotic servait parfois, c'était une actrice qui tournait pas mal à l’époque (NDIndianagilles : elle est notamment célèbre en Italie pour avoir joué la femme de Fantozzi avec Paolo Villagio). Elle était d’origine mélangée yougoslave il me semble. Elle avait une légère cadence en français... Je n’en sais pas plus, sauf qu’elle était talentueuse et charmante.
On peut citer parmi celles qui ont beaucoup doublé notre Annie Landry-Alberti, ainsi que Catherine Diamant. Catherine était très mince, très mignonne, mais je ne sais pas si elle a vraiment fait une carrière.
Je ne pense pas que les autres noms vous diront quelque chose. La plupart de nos effectifs sur place ne tournaient pas et avaient parfois même d’autres occupations. Mais nous avions en Italie également Annie Belle, Gaia Bastreghi, compagne et collègue d’Hervé Ducroux, ils faisaient du théâtre ensemble, ils étaient très bien tous les deux et très gentils aussi, puis Sophie Toros, avec une voix enrouée qui servait à des rôles très particuliers seulement, Josette Martial, douce, bien élevée, mais qui doublait très peu... et plein d'autres petites réserves.
Il est évident qu’on avait dit en riant que j’avais 43 voix et que je pouvais combler pas mal de trous ! Soit dit sans vanité aucune… je m’en voudrais !
Mais j’oubliais Lita Moffa, nous en avons brièvement parlé, elle était dans une autre équipe et était l'épouse du scénariste, réalisateur et producteur Paolo Moffa. Lui était italien et elle française. Elle avait une voix très aiguë de jeune fille. Elle était charmante. Elle faisait aussi les adaptations des dialogues et eux deux ne doublaient pratiquement que les films que son mari produisait, ou distribuait. Je me souviens cependant qu’ils avaient eu en mains à doubler un beau film sur les courses de voitures au Mans que Lita avait appris ce que voulait dire "Pôle position" (NDIndianagilles : il s'agit normalement du film Le Mans, circuit de l'enfer, (1970) de Osvaldo Civirani).
Cela dit quand elle et moi doublions avec nos voix claires et joyeuses "à la française", Paolo qui dirigeait aussi le doublage, nous hurlait dans le micro : « Voce di petto, prego ! » (une voix avec plus de coffre, en gros) et nous redescendions d’une octave... J’étais en tout cas présente dans tous les films de Moffa, car avec moi, il était sûr que le doublage irait vite. C’était primordial pour lui qui n’avait pas de gros budjet.

Catherine Diamant en 1965,
héroine de la mini série en 13 épisodes "Les Survivants"

Milena Vukotic

Annie Belle a surtout fait carrière dans les films érotiques
On notera que dans le film "Laure" figure au casting Martial Bresson et Gérard Landry !

Gaia Bastreghi exerce toujours dans le milieu du doublage,
elle a par exemple doublé en italien la française Julie Dreyfus dans "Kill Bill vol.1"

Et quels ont été les acteurs venus de Paris pour doubler à Rome ?

Il y en a eu beaucoup et certains venaient souvent. Parmis eux, quelques exceptions comme Michael Lonsdale qui était venu une seule fois pour se doubler lui-même, tout comme ce fut le cas pour Pierre Clementi. Une seule fois aussi, Philippe Leroy Beaulieu, mais lui était en Italie, ou encore Dominique Pinon, qui devait sans doute débuter sa jeune carrière. J'ai aussi retrouvé dans mes archives un nom parmi les comédiens qui venaient de Paris, mais dont je ne me souvenais plus du tout, il n'a pas dû venir beaucoup: Jacques Bernard (NDIndianagilles : première voix régulière de Jacky Chan, dont nous avons souvent parlé. Il est assez connu pour ses nombreux doublages un peu "cheap" qui sortaient souvent directement en VHS).
Plus régulièrement :
Georges Claisse,
Mathieu Rivolier, Michel Derain, je crois que  était venu UNE fois,  Il avait ce qu’on peut appeler "une gueule" et une voix particulière aussi. Même Macha Meril était passée par nos studios, mais une seule fois en vitesse, ce n’était pas trop son truc à ce moment-là, elle a prouvé depuis ses multiples talents. Et si elle n'a pas doublé avec nous, Micheline Dax, qui était notamment superbe quand elle sifflait, était venue tourner à Rome avec un autre excellent comédien, notre ami Jacques Berthier qui, avec sa femme Lily Baron étaient parmi les rois de la synchro. Un couple d’amis merveilleux… J’ai lu que Lilly Baron nous avait également quittée dans le journal d’Audiens (NDIndianagilles : en 2017 à 97 ans. Jacques Berthier étant quand à lui décédé en 2008, à 92 ans).


Philippe Leroy dans "7 Hommes en or" (1965) doublé en français par Dominique Paturel

Dans "Le Manoir aux filles" (1972) Philippe Leroy est doublé en VF par Jacques Sernas

Lily Baron...

... et son mari Jacques Berthier dans "Colorado Charlie" (1965)
 

Savez-vous que Jacques Berthier a justement doublé votre mari Philippe Hersent dans le très bon Eurospy avec Ken Clark, Mission spéciale... Lady Chaplin (1966), 3eme et dernier épisode des aventures de l'agent 077 Dick Malloy ? Dans les deux premiers, Opération Lotus Bleu (1965), puis Fureur sur le Bosphore (1965), il se doublait par contre lui-même.

Jacques Berthier nous avait bien dit en effet qu’il l’avait doublé une fois. Comme Philippe, l’ami Jacques Berthier n'était pas friand du doublage et appelait cela gentiment "faire des ménages". Jacques Berthier était très érudit et épris de culture, il avait écrit et dirigé un très beau documentaire sur la Cathédrale de Chartres que je lui avais fait vendre à la RAI. Il faisait du doublage pour des raisons alimentaires, mais Lily semblait s’amuser beaucoup en doublant, comme moi qui adorais cela. Je m’amusais beaucoup car mes dons d’imitatrice étaient sollicités. Lily m'avait parlé d'une série que nous ne connaissions pas en Italie, Chapeau Melon et bottes de cuir, qu'elle avait eu plaisir à doubler...
Nous avons ri comme des fous , les Berthier et nous, en tournant ensemble deux films en extérieurs en ex-Yougoslavie  (En Slovénie, à Ljubiana) ! Je suis retournée ensuite en Slovénie doubler à l’escrime Catherine Spaak dans Mademoiselle de Maupin (1966)... Encore elle, comme dans Le Duel à travers les âges et avec les armes à la main ! C’était la mode à l’époque, les italiens tournaient beaucoup en ex-Yougoslavie et au Lac de Garde.
Les trois films de Philippe, genre "James Bond", que vous avez cités étaient bons. Philippe avait été appelé à New York pour les extérieurs, et c’était tombé pendant que moi j’étais à Los Angeles. Mais nous n'avons pas pu nous rejoindre, ça faisait trop de frais.
Le meilleur film de Philippe a été, à mes yeux, Londres appelle Pôle Nord (1956) de Duilio Coletti, avec Curd Jurgens et Dawn Adams. Et aussi, à ses débuts, tout jeune, à cheval, le film qui aurait dû le lancer s’il n’y avait pas eu la guerre, c'était son premier rôle important : Fort Dolorès (1939) de René le Hénaff, tourné en Camargue. J’en ai retrouvé une collection de photos magnifiques. La guerre est tombée juste au mauvais moment, en 39, cela a empêché le film de circuler librement. C’était comme un western camarguais.

(NDIndianagilles : vous pouvez télécharger les trois films en VF de l'agent Dick Malloy et admirer entre autre notre bon Philippe, cigare au bec, en cliquant sur le titre sous les photos. Ils sont en qualité moyenne, mais regardables)

 

1. Opération Lotus Bleu

2. Fureur sur le Bosphore

3. Mission spéciale... Lady Chaplin
 

Comme nous parlons de comédiens doublant à Paris, en ce qui concerne le doublage, la France possède une spécificité bien à elle qui, curieusement, n'a jamais vraiment été adoptée par d'autres pays : la fameuse bande rythmo. C'est sans doute pour cela que, à mon humble avis, le doublage français est celui qui est le plus synchrone au monde. Mais comme vous étiez tous en Italie, vous doubliez sans cette méthode, non ?

C’est vrai que, pour les italiens, la synchro n’était "bonne" que lorsqu'ils débordaient d’au moins trois syllabes, chose qui était impossible avec la bande rythmo ! En ce qui nous concernait, nous avions commencé à doubler avec le système italien, c'est à dire "à l’image", plus spontané mais moins précis pour la synchro et qui demande une grande mémoire. Mais avec la bande rythmo, si on n’est pas un bon "doubleur", cela peut donner ce fameux "ton doublage" si caractéristique où l’on sent la lecture. Comme les acteurs qui venaient de Paris étaient complètement perdus sans bande rythmo, Jean Louis avait fait venir de France, à travers le studio d’enregistrement justement, une moviola pour qu'ils puissent travailler avec. Le directeur du studio avait fait venir un modèle ancien de moviola qui faisait un grand bruit de bateau de pêche, mais elle marchait très bien. Cependant, les doubleurs italiens n’en voulaient pas et détestaient ce système, ils aimaient trop improviser au dernier moment, comme avec Fellini qui me demandait immanquablement pour doubler dans tous ses films. Pour l'anecdote, ce cher homme avait une voix douce et gentille, alors que sa femme Giulietta Masina avait une voix d’homme, et on les prenait l’un pour l’autre au téléphone !

 

La fameuse bande rythmo reste encore aujoud'hui une spécificité très française


Quelles ont été les activités plus récentes de Jean Louis ?

Il a été un traducteur émérite, avec ma coordination et à la demande du Dr Jacques Vigne (psychiatre de formation, devenu ermite en Himalaya, auteur connu, conférencier…). Jean a notamment traduit des textes tirés du bouddhisme tibétain de toute beauté, et plusieurs livres sur la spiritualité (bouddhisme-hindouisme) concernant Mâ Anandamayî, considérée comme la première femme "sage" de l’Inde qui a "quitté son corps" en 1982 et qui est encore vénérée en Inde. De même pour Tenzin Palmo, une anglaise qui a passé 11ans et demi seule dans une grotte à 4000 mètres sous la neige en Himalaya. Le dernier enregistrement vocal de Jean date de fin 2018 où il a prêté sa voix pour deux livres audio du vieux maître Swami Vijayânanda : "Un Français dans l’Himalaya" et "Un Chemin de Joie", qui sont sur les sites de Jacques Vigne. Sans oublier ses écrits personnels, un peu fous, avec une recherche métaphysique profonde et en même temps un monde d’enfants…
J’oubliais de vous dire qu’il a aussi fait des dessins à l’ordinateur en créant un style de toutes pièces et peint également des tableaux. Il les signait "JEL" pour Jean Emile Louis. Jean avait inventé une manière de faire venir par petits bouts des formes, des nuances…
"Dutsch escargot" par JEL


Toujours par rapport au Docteur Jacques Vigne, vous avez écrit et publié un ouvrage se nommant "Voyage Intérieur" dont il a signé la préface, aux Editions du Petit Véhicule à Nantes. Vous en avez même réalisé la superbe couverture vous-même.

Le Docteur Jacques Vigne
Je suis l’assistante bénévole de Jacques Vigne depuis maintenant 20 ans et c'est un livre pour donner de la joie ! J’aime le "spirituel"... dans les deux sens du terme, vous voyez ce que je veux dire ? C’est le propre de mon petit bouquin "Voyage Intérieur" sur mes souvenirs de l’Inde où je n’ai pas hésité à même tourner Jacques Vigne en dérision, il a adoré, car il a également beaucoup d’humour. J’essaye d’apprendre, au contact de Jacques Vigne, à canaliser un peu ce décuplement d'énergies qui ont tendance chez moi, comme chez tous les "Gémeaux", à fuser dans tout les sens, pour ne pas que ça éclabousse dans le mauvais sens, sauf quand je perçois, comme chez vous, une réciprocité immédiate. Nous avons déjà échangé, vous et moi, plus d’une centaine d’emails fournis, en bien peu de temps quand j’y pense ! En plus j’ai un physique de blonde aux yeux bleus et une voix claire et légère qui ne font en rien penser à l’âge que j’ai…C’est rigolo et ça trompe son monde ! Je suis obligée parfois d’avoir l’air sérieux, c’est très ennuyeux... et ça rime !
Au sujet du portrait du vieux Maître, Swami Vijayânanda, quand je l’ai dessiné à la sanguine, je ne le connaissais pas encore, je l’ai alors envoyé à Jacques Vigne pour lui demander s’il était ressemblant. Il m’a répondu : « Il est plus que ressemblant, on voit son âme !... ». Swami Vijayânanda était un médecin français ayant vécu en Inde pendant 60 ans, il fut aussi le Maître de Jacques Vigne et c’est lui qui m’a donné mon nom initiatique indien de "Mahâjyoti" (de "Maha" : Grand…et "Jyoti" : Lumière…) lors d’un de mes 5 voyages en Inde. Pas facile à porter, il faut en être digne !

Geneviève dans ses (chef-d')oeuvres

J’ai quitté le monde du cinéma et du journalisme pour rencontrer, à travers Jacques Vigne, le monde intérieur de Mâ Anandamayî. Je viens de composer mon dernier "JAY MA", c’est le nom de cette brochure qui existe depuis plus de trente ans et qui partait de l’Inde, avec l’odeur âcre du papier et les timbres représentant des tigres du Bengale... Maintenant il est envoyé en numérique ! Je le compose entièrement depuis plus de 10 ans, tous les trimestres, Jacques Vigne m’ayant confié cette "tâche sacrée" ! Il y a quelqu'un qui s’occupe en ce moment de créer un nouveau site en français pour Mâ Anandamayî et qui est aux prises avec la récapitulation de tous les numéros du JAY MA qui ont existés depuis 30 ans. C’est Jean Louis, justement, qui a traduit beaucoup des écrits de Mâ, qui sont un enseignement de vie inoubliable ! C’est tout cela qui est devenu primordial pour ma vie de maintenant.
Jacques Vigne et moi avons inclus dans le dernier numéro du printemps, que j’ai envoyé dernièrement sur le site anglais de "Mâ" et à tous nos abonnés, un bel hommage à Jean, qui ouvrait la brochure depuis plus de dix ans avec ses magnifiques traductions du bouddhisme tibétain. Ce sont tous ces beaux enseignements, cette "science de l’Esprit" si logique et simple qu’est le bouddhisme, qui m’ont permis de "tenir" et de rester sur mon axe dans la tourmente... en gardant le sourire et l’humour ! Mais je l’avais déjà en moi depuis très longtemps.

Voilà, je pense que tout est dit... Il ne me reste plus qu'à vous dire "JAY MA", ce qui veut dire "Hommage à Mâ" (Anandamayî’), "Gloire à Mâ" et qui est aussi une jolie salutation en Inde, à mains jointes, en s’inclinant légèrement, et cela surtout dans les endroits de l’Inde où Mâ a vécu.

Alors JAY MA et merci Geneviève de votre chaleureuse interview !



Avec l'aimable autorisation de Geneviève Hersent, voici l'émouvant hommage qu'elle a rendu à son compagnon Jean Louis, lors de ses obsèques.

HOMMAGE A JEAN LOUIS

Ce fut, comme prévu, le grand départ de mon ‘compagnon de route et de vie’ :
Jean E. LOUIS, le 31 décembre 2020…

Ceci est un envoi du cœur :


Merci à toutes et à tous… et au corps médical, qui nous avez aidés dans notre parcours si difficile des derniers instants.

La cérémonie pour Jean avec le Diacre Antoine à l’Athanée a été simple et émouvante !

La Maison de Retraite qui a envoyé une très belle composition de bouquet, était bien présente ! Je les remercie d’un cœur ému.

Je n’ai pas manqué de rappeler le ‘Jeannot’ des amis…mais c’était difficile de bien s’exprimer dans l’émotion, même quand on est professionnelle.

Je me suis retrouvée seule à la maison, soudain, mais l’âme de Jean était partout et le trou resté béant était rempli de lumière…

Le Dr Jacques Vigne, venu exprès de Paris, a chanté les Chants Grégoriens avec le Diacre, ils s’harmonisaient parfaitement.

Un noir, chanteur de rue trouvé par sa fille a chanté ‘Alléluia’ avec son âme, c’était magnifique…

Des amis imprévus sont venus à la cérémonie, je les en remercie…Je garde mon ‘Grand Loup’ dans mon cœur ! Il était toujours BEAU…Il est parti avec les objets et certaines de ses créations de tableaux qui représentaient ‘son monde à lui’ ! Et surtout avec la protection de Jacques Vigne, de Mâ Anandamayî et du vieux maître Swami Vijayânanda pour qui il a tant travaillé !

C’est Louis Armstrong avec ‘What a wonderful world’ qui a clôturé la cérémonie ! Jean l’adorait…

Les témoignages chaleureux des amis et de l’Inde arrivent de partout…

Puis ce fut le Cimetière, sur son pic rocheux, face à la mer, à l’Italie…où nous avons vécu.


Un grand MERCI, ce n’est qu’un au revoir ! Alléluia ! Geneviève (Mahâjyoti) dite aussi ‘Janvier’ pour Jean et pour les amis italiens qui n’arrivaient pas à prononcer phonétiquement mon prénom...
‘Humour’ rime heureusement avec ‘Amour’… !


De Geneviève…’Cimetière… un joli hasard !’

Puis ce fut le cimetière... et chose étrange, mon mari (l’acteur Philippe Hersent) et Jean sont décédés presque le même jour, à quelques heures près... ils sont dans le même cimetière, dans la même rangée au Columbarium au-dessus des courts de Tennis… Face à la mer d’un côté et face à l’Italie de l’autre… 30 mètres les séparent, ils vont pouvoir veiller l’un sur l’autre car ils se sont bien connus, ont travaillé ensemble et ils s’aimaient beaucoup ! J’avais demandé à l’Agence que Jean soit au plus près possible, l’agence a fait au mieux... et un joli hasard a parachevé le reste...

C’est joli n’est-ce pas ?

 
FIN… ou Eternel recommencement… ?


Jean Louis à son sommet dans "Noi uomini duri"


Voilà, c'est sur cette belle note de spiritualité et cet adieu magnifique à Jean Louis que notre beau et grand dossier se termine. Car oui, toutes les bonnes choses ont une fin, bien qu'il reste encore et toujours de nombreuses zones d'ombres à explorer.

J'espère en tout cas que vous avez eu antant de plaisir à parcourir cet entretien que moi à le mener. Et puis qui sait, peut-être que nous aurons l'occasion de parler encore de bien belles choses avec Geneviève, et pourquoi pas même dans un... LIVRE, comme beaucoup d'entre vous l’ont suggéré ? Et vous ne pensiez pas si bien dire, parce que l’affaire est désormais conclue : Geneviève et moi seront les co-auteurs d’un beau livre illustré qui portera un titre évocateur "Du cinéma… à la spiritualité (Tous les chemins sont passés… et passeront par Rome)" – et qui sera publié aux Editions du Petit Véhicule ! Et oui, ce dossier et cette rencontre auront été un déclic pour notre Geneviève, vos commentaires très enthousiastes et encourageants dans la première partie aussi. J'espère que vous serez très nombreux avec nous dans cette nouvelle et inattendue aventure.

Je tiens à remercier plusieurs personnes sans qui tout cela n'aurait pas été possible. Tout d'abort, je remercie David Gential, alias Fonzie, qui m'a éclairé sur bien des points et a supporté mes nombreux messages à ralonge enthousiastes sur cette enquête.
Je tiens à remercier Curd Ridel et sa culture cinématographique incroyable pour sa suggestion inespérée de Pierre Richard et sa passion pour Anthony Steffen qu'il a su me communiquer.
Je tiens à remercier Planète Jeunesse et en particulier Arachnée et Camille (alias Veggie11) pour avoir dénicher le casting du dessin-animé Sans Famille, ainsi que DVD2FAN et VirDaucalis qui ont pu me fournir une indispensable copie de la VHS, ce qui a juste permi de tout débloquer.
Et je tiens bien évidemment aussi à remercier l'incroyable Geneviève, et pas seulement parce qu'elle m'a éclairé sur toutes les questions que j'avais dans ma cervelle de fou, mais aussi parce que notre rencontre est le genre de rencontre comme on en fait que très rarement dans la vie. Nous continuons de correspondre par mail et je pense pouvoir dire sans vantardise que nous sommes devenus des amis sincères. Si j'ai pu la soutenir à ma manière durant cette période difficile, elle en a fait de même sans trop le savoir, car je traverse aussi une passe très sombre dans ma vie personnelle, mais ce n'est pas l'endroit pour en parler.
Je regrette terriblement d'être arrivé trop tard pour connaître son compagnon Jean Louis. J'aurais aimé qu'il puisse lire lui aussi tout cela et qu'il puisse me raconter d'autres secrets de cette époque. Jean Louis était un homme aux talents multiples. Qui aurait cru que ce comédien qui passait son temps à jouer les crapules dans nos westerns italiens et à se faire descendre par nos héros favoris, avait pu mener une carrière aussi pleine et incroyable par la suite ? Vraiment, j'aurais adoré parler avec lui de tout et de rien, mais malheureusement, le destin en a décidé autrement.

Enfin, je tiens quand même aussi à remercier mon adorable Maman pour avoir enfanté le plus tétu, le plus curieux, le plus fou des garçons. Parce que vous avouerez qu'il n'y en a pas beaucoup qui se seraient donné la peine d'enquêter de la sorte et de manière totalement désintéressée . Que j'aurais aimé qu'elle soit encore là pour lire tout ça. Je sais déjà qu'elle m'aurait dit qu'elle était fière de son petit garçon (de 41 ans...), bien qu'elle ne soit pas sûre d'avoir tout compris de ce que j'avais écrit, ni de ce que j'avais vraiment fait. Ah, sacrée Maman ! Je t'aime et je pense à toi à chaque instant... Et voilà, je viens de verser ma petit larme. Quel dur à cuir cet Indianagilles ! Tout du chiqué, je vous dis !

Merci également à vous tous pour être arrivés au bout de cet incroyable pavé. Honnêtement, jamais je n'aurais pensé dévoiler et écrire autant sur le sujet. J'ai même été obligé de mettre un avertissement et de découper le dossier en deux pour que ça ne vous fasse pas trop peur. Mais ça en valait la peine, hein ? Du coup, comme vous savez que je fais tout ce travail bénévolement et par passion, je vous rappelle que vous pouvez me verser un don via Paypal et l'adresse indianagilles@hotmail.com si vous le désirez, afin de m'encourager ou tout simplement me remercier pour mes efforts. Je rappelle aussi que ce n'est en rien une obligation et que je sais que comme les oeufs les temps sont durs. Donc ne vous en voulez pas si vous ne me donnez rien, bande d'Harpagon ! Je plaisante. Les tiquets restau sont également acceptés. Je replaisante.Mais comme le disait Saint François de Sales : « Ne rien demander... Ne rien refuser » !



Au revoir... et à bientôt...



30 commentaires:

  1. Whoua!!! Félicitations quel boulot!!! Pierre Tchernia peut aller se rhabiller lol

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  2. Je suis très heureux d'apprendre qu'un beau libre illustré va voir le jour. En tout cas tu peux être fier de ton travail Gilles, à l'heure où la VF est châtier de nombreux cinéphiles et parfois même des éditeurs, tu réhabilites un art bien français et noble. Merci pour l'incroyable richesse de cet énorme dossier.

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    1. Miike, soigne-moi ce rhume (tu as dit "libre" ^^).
      Merci beaucoup à toi et à Niko.

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  3. Énorme, tes deux articles mérite d'être conservés comme témoin de tout un pan de l'histoire du doublage francophone, bravo Gilles....

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    1. Merci énormément Carlos. Venant d'un expert en la matière comme toi, ça ne peut que me toucher encore plus. J'ai réussi à t'en apprendre un peu à toi aussi, je peux être fier :)

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  4. En aparté et juste pour info, on se pose souvent la question de pourquoi la téchnique de la "Bande Rythmo" est peu répandu de part le monde ? C'est simple..l'argent ! car le coup engendré par cette technique (Callygraphie, Technicien, matériels etc..) est supérieur que celle à "l'image", il y a quelques studios de certains pays (Brésil, Argentine et quelques autres) qui utilise un système batard proche de la "Rythmo" et d'un autre système (logiciel plutot) utilisé en France chez Chinkel (toujours ?) qui s'appelle (ou s'appelait ?) "Acapella", voilà et encore bravo pour ta ténacité !

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    1. Oui, ce doit effectivement être un des motifs principaux. Mais je pense qu'en Italie ou au Japon, c'est vraiment qu'ils n'aiment pas ça, ils ont l'impression d'être bridés (sans mauvais jeu de mots avec les Japonais, j'ai même pas fait exprès et à notre époque, c'est mal vu !!!).

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    2. Mais du coup, dans qiels se sert-on de la bande rythmo ? En tout cas, en Italie c'est toujours pas adopté. J'ai vu le bonus du dernier animé Lupin et tu vois les comédiens à un pupitre, en train de lire sur des feuilles lancées un peu comme ça. Ils répètent plein de fois les mêmes choses, y a le son en Jap en fond... C'est un vrai miracle qu'ils puissent faire du bon boulot comme ça, je trouve !

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    3. En fait ce logiciel Français qui s'appelle (de mémoire) "Acapella" dont la société de doublage (aujourd'hui grosse) Chinkel et si j'ai bien compris le principe, utilisait (encore aujourd'hui ?) ce programme (assisté par l'humain) pour sauter des étapes humaines (Callygraphie, détection) et faisait defilé une bande rythmo numérique sur un écran grand ou petit (j'ai assisté une fois à une démo) avec la flexibilité qui va avec c'est juste une histoire de réduire les coût ! et des logiciels sur ce principe (clône ou pas existe) en Amerique du sud affublés de noms comme "Symphonia" (au Brésil), mais ce sont des exceptions et ça reste surtout cantonner au dessins animés moins soumis au synchronisme et aux series "live" ou ont est moins regardant sur le travail....et pour le reste du monde (dont l'italie) je pense que l'ont continue pour diverses raisons à travailler à l'ancienne, c'est à dire des comédiens, une feuille, un écran, une lumiere rouge ou bleu, elle s'allume et on dit son texte qui normalement est synchrone, et à la fin si le travail est bien fait la magie opère....

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    4. Le logiciel utilisé par la boite de doublage Chinkel s'appelle "Capella" et non "Acapella" comme j'ai pu le dire plus haut ! ;-)

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  5. Réponses
    1. Magnifique. J'attendais la suite avec impatience. Merci pour ce 2ème volet.
      Et au passe un petit coucou à l'ami Carlos ^^.

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    2. Salut Gail94 et aux autres qui vont sans doute ou peut être passer (Gino, Bolton, Claude, Myk, DVD2FAN et les autres que j'oublie) pour voir cette fabuleuse "enquête" de l'ami Gilles, j'avais un peu disparu (très occupé), mais je vois que vous continuer à faire vivre vos blogs respectifs, continuer avec votre passion vous êtes extra !

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  6. bravo, quel talent ! un pur moment de plaisir, merci pour ton travail acharné ! fantastique !

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  7. bonjour un tres tres grand merci pour ces articles avec un milliard de renseignements.j ai surtout ete extremement touche par la gentillesse de votre interlocutrice et votre article m a fait arracher quelques larmes tellement l on sent la sincerite et la beaute de votre rencontre.merci pour tout ce que vous faites pour nous les fans du cinema italien d un autre temps.j ai 62 ans et vous me faites aller dans le tunnel chronogyre de la nostalgie. Eric Ruellet.

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    1. Merci Eric. Oui, c'est une rencontre comme on en fait peu dans une vie.
      Et je t'en prie pour le reste aussi, c'est un plaisir de vous faire plaisir.

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  8. et surtout quelle carrière. on dirait qu'elle a eu plusieurs vies pour pouvoir prétendre à une telle filmo. sa mémoire n'est pas en reste, elle est précise et remplie de détails passionnants. Moi qui ne suis pas un fana des versions doublées, du moins pas toutes... cela me donne envie de redécouvrir certains films en version doublée. merci pour ce bel entretien

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  9. Quelle masse incroyable de travail uniquement guidé par la passion !
    J'ai tout lu d'un trait tellement j'ai été absorbé par tout ce pan du cinéma méconnu du grand public mais pour lequel j'ai une affection sincère et particulière.
    Dans l'attente du livre à venir, je t'adresse mon soutien le plus cordial pour la période que tu traverses.
    Merci à toi, signé GG

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  10. Fabuleux travail !
    Toutes les réponses n'y sont pas mais une grosse part du voile est levé.

    Merci beaucoup pour ton travail et... chapeau !

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    1. Justement, si jamais vous avez des questions, faut pas hésiter non plus.

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    2. Bonjour Indy.

      A ne pas en douté ces gens était talentueux. Alors pourquoi ces doublages sont-ils si mauvais.

      Mauvaise adaptation , rapidité d'éxécution … ?

      Merci pour ton travail.

      Cordialement.

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    3. Je pense en effet que c'était fait trop rapidement, que le réservoir de comédien n'était pas assez grand aussi (donc parfois des rôles pas adaptés), certains étaient clairement plus doués que d'autres (ce n'est pas parce que je la connais, mais je trouve que Geneviève est toujours juste dans ses doublages), d'autres comme Michel Bardinet ou Jean Fontaine, on sait qu'ils sont très bons, pourtant ils sont clairement inégaux sur ces doublages Made in Roma... Je pense que les délais était trop rapides par rapport à des doublages de Paris. Après, plus on avance dans le temps, mieux ils sont (l'apport de Jean Louis qui était plus soigneux que Guy Gibert ou Pierre Richard). Celui de Suspira est pas mal du tout, pour en citer un connu. Rien à voir en tout cas avec les westerns comme Une Lngue file de croix ou Texas.

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  11. Je viens d'achever la lecture de ce second et dernier chapitre.
    Passionnante et impressionnante enquête !
    Bravo Sherlock !!! C'est vraiment du bon boulot qui permet de découvrir et de davantage apprécier un aspect du cinéma relativement méconnu.
    ET merci à Geneviève pour ses témoignages habités. Décidément une belle rencontre.

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  12. Félicitations et gratitude pour cette excellente seconde partie.

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  13. Une interview de toute beauté et très émouvante qui regorge de détails et de révélations aussi inattendues qu'inespérées. Merci et bravo Geneviève et Gilles. A lire et à relire; à la hauteur et à l'image de la qualité de ce formidable blog.

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  14. Je te remercie grandement Gilles pour nous avoir faire partager tes entretiens avec Madame Geneviève Hersent qui l'on ne peut que remercie encore plus grandement pour ça générosité et surtout pour avoir une tel mémoire (je ne sais même pas si je serai capable à 40 ans de me souvenir avec autant de précision d'anecdotes vieille de plusieurs décennies).

    Magnifique travail de recherche et de développement de toutes cette histoire de doublage italien qui j'en suis sur aura ravie comme moi bon nombre de lecteur.

    Vivement la suite avec la concrétisations de votre projet de livre.

    Grazie a voi due.

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  15. Bravo pour ce super travail, j'attendais d'être au calme pour lire la suite de ton article. Merci de nous avoir fait partager tes recherches et cette belle rencontre.

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  16. Un pur bonheur que de lire cette interview de Geneviève Hersent qui a tant partagé avec nous.
    Tout d'abord, merci beaucoup à vous, Madame Hersent, pour avoir bien voulu évoquer de fabuleux souvenirs avec nous.
    Le doublage n'était qu'une facette de vos talents, puisque vous en aviez tant et tant.
    Personnellement, j'apprécie toujours de découvrir un tel récit de vie, d'existence, si riche, si complet. Cela revêt pour nous un caractère à la fois nostalgique, admiratif et émouvant tant vos récits sont riches et complets.
    Nous autres, amateurs de cinéma, nous pensons un peu benoitement que la vie d'artiste, car c'est peut-être ainsi que l'on peut qualifier votre parcours, n'est qu'aventures. Non, c'est beaucoup plus complexe et vous avez eu la générosité de nous la raconter quelque peu.

    Merci infiniment.

    Quant à toi, Gilles, je pense que tu viens d'accomplir un exploit cinéphilique qui représente un réel aboutissement : rendre hommage d'une très belle manière à cette artiste tout en lui rendant, enfin, une juste reconnaissance.

    C'est immense.

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  17. Un grand bravo mon neveu pour cet article très "creusé" et très intéressant !
    J'ai dû le lire en plusieurs fois car depuis que je suis grand-mère, je passe énormément de temps à bader ma descendance et les journées semblent se raccourcir.
    Quelle belle relation "amicale" avec cette grande dame ! Et quelle vie bien remplie elle raconte ! On s'y croirait !
    Oui c'est évident, ma soeur chérie, ton exceptionnelle maman, serait très fière de "son petit garçon", comme elle aimait te nommer en parlant de toi !
    B R A V O !!!!

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