Réalisation : Giuseppe Colizzi
Avec : Terence Hill, Bud Spencer, Woody Strode, Lionel Stander, Victor Buono
Nationalité : Italie
Genre : Western
Durée montage italien : 101'
Durée montage international : 96'
Année de production : 1969
Titre original : La Collina degli stivali
Titre français alternatif : Trinita va tout casser (resortie cinéma et VHS)
Titre français alternatif : Griffe pour griffe (sortie VHS)
A Liberty City, Cat, traqué par les hommes de Finch , se réfugie dans la roulotte d'un cirque qui quitte la ville le lendemain. Il est alors aidé par la troupe du cirque qui le cache, jusqu'au jour où un jeune trapéziste est assassiné en pleine représentation.
Bande annonce française
Une fois n'est pas coutume, je vais commencer ma présentation par la partie technique. La copie du HDTV proposée par Qwertz était belle, mais il s'agissait du montage international qui est plus court que le montage intégral italien. Comme ne l'auraient sûrement jamais dit nos récents ancêtres, bénis soit les allemands qui nous ont récemment sorti une belle édition Blu-ray comportant tous les montages possibles et inimaginables de ce film. On pouvait se demander si, à l'image de Il était une fois dans l'Ouest, seule la version internationale avait été restaurée, puisqu'à ma connaissance la version intégrale de La Colline des bottes en HD n'avait jamais été diffusée nul part, même en Italie. Fort heureusement, c'est bien la version complète qui a été restaurée (une restauration française, d'ailleurs) et qui a ensuite servi de base pour remonter la version internationale. Cela faisait donc quelques années que le montage intégral était prêt et que personne ne se donnait la peine de l'exploiter. Avouez que c'était dommage et qu'il était grand temps qu'un éditeur se charge de l'exhumer.
| Une édition qu'on appelle Alléluia |
Ces changements, qui n'ont l'air de rien, ont parfois rendu bien casse-pied le fait de resynchroniser la piste française comme il faut, y compris les nombreux passages muets. J'ai d'ailleurs parfois tout simplement remplacé la piste française par l'italienne afin d'éviter que la musique ne saute sans arrêt. Car le doublage français ayant été mixé directement sur le montage international, les plans rallongés ont posé des problèmes sur la musique qui n'était pas placée exactement de la même manière selon les plans. Sur quelques rares passages, ceux où j'avais absolument besoin de la piste française par rapport aux dialogues, la musique peut donc légèrement "dérailler". Mais bien entendu, j'ai passé beaucoup de temps pour faire en sorte que ce soit le plus discret possible.
Autre petit détail : une très courte scène avec le juge était coupée sur le montage international. Les seuls dialogues que l'on entendait étaient deux noms et deux "Décédé". Pour éviter un sous-titrage inutile, j'ai laissé les noms prononcés par le doublage italien et placé deux différents "Décédé" qui étaient prononcés par le même personnage dans une autre scène. C'est très discret et la seule chose qui trahit un peu l'astuce, c'est que le premier nom est prononcé avec un roulement de "r" à l'italienne. Mais franchement, ça passe bien quand même. Et au pire, vous n'avez qu'à vous dire que c'est du vieux français, corrrrrrrrrrrrne de bouc !
Et tant que j'y étais, et puisque le montage était également dans l'édition allemande, j'ai également repacké la version internationale, celle que nous connaissons en France et qui ne comporte pas de passages en Italien. J'ai bien entendu remplacé le petite passage audio du chariot comme sur l'autre version, et j'ai resynchronisé tout ça comme il se doit, corrigeant les approximations du HDTV. Certains préfèrent des versions qui ne font pas de yoyo entre les langues, ce que je comprends, donc là vous aurez la possibilité de choisir ou même de ne pas choisir en prenant les deux, ce qui vous permettra de comparer les différences de montage. Bref, vous avez le choix des armes et vous pourrez être droit dans vos bottes.
Lors de la sortie DVD du film, M6 a préféré garder le titre mensonger
et sortir le film avec une jaquette peut-être jolie, mais terriblement trompeuse.
À part ça, c'était quand même une belle édition pour l'époque.
Parlons maintenant un peu du film. Pour commencer, je vous invite à vous rendre sur les fiches des deux premiers volets de cette belle trilogie, Dieu pardonne... moi pas ! (1967) et Les 4 de l'Avé Maria (1968). Inutile donc que je reprenne tout ce que j'avais dit à l'époque, mais je vais quand même rappeler que Dieu pardonne... moi pas ! fut le premier film a réunir Bud Spencer et Terence Hill. Non, Hannibal (1959) ne compte pas vraiment, puisqu'ils ne s'y croisent pas et que Bud Spencer y tient un rôle plus proche de la figuration qu'autre chose.
Dieu pardonne... moi pas ! était un petit budget qui se fit dans la difficulté, son réalisateur Giuseppe Colizzi hypothéquant même sa maison pour pouvoir le tourner. Mais son succès fut aussi retentissant que surprenant, puisqu'il se plaça 4eme au box-office italien de la saison 1967/1968 et fut aussi le western ayant remporté le plus grand succès cette saison-là. C'était pourtant l'une des saisons les plus riches en la matière, mais le film battit à la régulière ni plus ni moins que Le Dernier jour de la colère (5eme), La Mort était au rendez-vous (12eme), Le Dernier face à face (17eme), Je vais, je tire... et je reviens (23eme), Cinq gâchettes d'or (24eme) ou encore Pas de pitié pour les salopards (27eme) . Pour être tout à fait franc, malgré de grandes qualités, je ne pense pas que c'était tout à fait justifié, le premier western de Colizzi comportant quand même pas mal de lacunes. Mais tant mieux pour lui et pour nous, car cet immense succès permit de tourner deux belles suites et de consolider le duo Hill/Spencer, celui qui brisera par la suite tous les records du box-office italien, mais aussi mondial, en faisant le bonheur de bien des générations.
Fort de cet immense succès, Giuseppe Colizzi tourna une suite bien plus riche, Les 4 de l'Avé Maria, qui remporta à son tour un grand succès. Il se plaça 5eme au box office italien de la saison 1968/1969, ce qui le mis à la seconde place des westerns, juste derrière Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone (3eme). Dans cette suite, Cat, le personnage interprété par Terence Hill, semblait quelque peu en retrait, au bénéfice de celui de Hutch, interprété par Bud Spencer. Mais cette mise en retrait avait semblé nécessaire pour faire de l'espace au nouvel arrivant, Eli Wallach, qui interprétait Cacocouplos, et qui était devenu le véritable protagoniste de cet opus.
Pour ce troisième et dernier volet, exit Cacopoulos, Cat (VF : Daniel Gall) est libre de revenir sur le devant de la scène (du cirque), tandis que c'est cette fois Hutch (VF : Claude Bertrand) qui se retrouve pas mal en retrait. Car si le générique italien essaye de mettre en avant le duo Hill/Spencer, le personnage de Bud Spencer arrive plutôt tard et peine même un peu à trouver sa place dans le film. Sa présence, bien qu'appréciable, paraît un peu artificielle et Bud Spencer semble finalement plus là pour des raisons commerciales que scénaristiques. En réalité, ce troisième opus devait plutôt mettre en avant un autre duo : celui de Terence Hill et du comédien noir Woody Strode (VF : Bachir Touré), comme le titre initialement prévu pour le film, "La mort arrive à deux couleurs", l'indique plutôt bien. Mais les plans furent quelque peu chamboulés et cela se perdit un peu dans le résultat final, Stode semblant un peu disparaître dès lors que Bud Spencer reprend sa place au côté de Terence Hill. Giuseppe Colizzi aura l'occasion de remettre Bud Spencer et Terence Hill sur un pied d'égalité en tournant avec eux ce que je considère comme son chef-d’œuvre absolu, Maintenant on l'appelle Plata (1972), que vous avez, je l'espère, redécouvert dans sa rarissime version intégrale que j'ai mis des années à reconstituer (et ça valait le coup).
Pour son troisième et dernier western, Colizzi a pu se faire plaisir car deux producteurs de grandes envergure se joignirent à son nouveau projet : Silvio Clementelli et Manolo Bolognini. Au total, ce sont bien quatre maisons de productions qui participèrent au film. Mais ne dit-on pas qu'abondance de bien ne nuit pas ? Cette abondance se perçoit plutôt sur le casting du film, Colizzi ayant pu faire appel à des acteurs de renommée internationale, à commencer par les américains Woody Strode, Lionel Stander (VF : André Valmy) - tous deux venant du tournage d'Il était une fois dans l'Ouest - ainsi que Victor Buono (VF : Henri Poirier), nommé en 1963 aux Oscars pour son rôle d'Edwin Flagg dans le sublime Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich. Talentueux mais doté d'un physique ne lui permettant pas de jouer les jeunes premiers, l'acteur avait un peu de mal à trouver des rôles à la hauteur, et sa carrière n'avançait plus vraiment. Pour beaucoup d'acteurs américains, un tournage en Italie était souvent une bonne occasion de se refaire un peu la cerise et se remettre en selle, au propre comme au figuré. Hélas, contrairement à Strode et Stander, Buono n'aura pas vraiment l'occasion de tirer son épingle du jeu, son rôle étant finalement un peu limité. En 1971, il retentera l'expérience italienne en tournant dans le giallo d'Alberto De Martino L'uomo dagli occhi di giaccio (trad : L'homme aux yeux de glace) et l'horrifique Lo strangolatore di Vienna (trad : L'étrangleur de Vienne) de Guido Zurli, mais sans grand bénéfice pour sa carrière encore une fois. Si le cinéma ne lui permit jamais vraiment de confirmer le coup de maître que fut Baby Jane, la télévision offrit à Victor Buono quelques beaux rôles, dans les séries Batman, L'Homme de l'Atlantide et surtout Les Mystères de l'Ouest. Hélas, en 1981 Victor Buono nous quitta prématurément à seulement 43 ans d'une crise cardiaque.
Pour ce qui est du reste du casting, on y trouve de nombreux acteurs italiens bien connus par les amateurs du cinéma bis. C'est avec un grand plaisir que l'on peut donc admirer dans leurs œuvres les cascadeurs/acrobates/acteurs Neno Zamperla (VF : Philippe Ogouz) et Alberto Dell'Acqua, qui sont évidemment comme des poissons dans l'eau dans l'univers du cirque qu'ils connaissaient fort bien.
D'autres acteurs bien connus apparaissent furtivement, parfois comme de simples figurants. On peut ainsi apercevoir Remo Capitani le temps d'un plan ou encore Tito Garcia qui se fait bastonner par une bande de nains sournois (qui sont doublés par Guy Pierrault, Claude Nicot et peut-être Gérard Hernandez en français). Dans un rôle un poil plus consistant, on peut apercevoir le futur Père Tobias de On l'appelle Trinita, l'américain Dan Sturkie qui, pour l'anecdote, change de voix française entre deux répliques (je n'ai pas reconnu la première, mais la seconde est celle d'Albert Augier). Également au programme, Luciano Rossi et Romano Puppo dans leurs rôles habituels de salauds, Enzo Fiermonte (VF : René Arieu) et surtout un Luigi Montefiori tout blond dans le rôle de Baby Doll. Curieusement, il n'est pas crédité de son célèbre pseudonyme de George Eastman, ni même avec son vrai prénom, puisqu'il est crédité en tant que Luca Montefiori. Peut-être qu'avec sa teinture blonde il voulait se faire passer pour son frère ? Mais si cà avait été le cas, n'aurait-il pas plutôt dû s'appeler Mario ?... Ah, depuis le temps que j'essaye de la placer cette vanne pourrie ! Je suis libéré, délivré !
S'il est moins connu de nos jours, le vétéran Eduoardo Ciannelli, qui interprète le juge Boone (VF : Gérard Férat), avait alors connu une brillante carrière au cinéma. Cet acteur et chanteur italien avait émmigré aux États-Unis durant la première guerre mondiale, et c'est chez l'Oncle Same qu'il réalisa l'essentiel de sa carrière au cinéma et au théâtre. Il joua sous la direction de réalisateurs prestigieux comme Alfred Hitchcock dans son Correspondant 17 (1940) ou encore John Sturges pour son Le Peuple accuse O'Hara (1951). Vers le début des années 50, il avait toutefois commencé à jouer également dans des productions de son pays natal, comme Les Vaincus (1951) de Michelangelo Antonioni ou Du sang dans le soleil (1954) de Mario Monicelli. C'était donc un acteur d'expérience italien qui était capable de jouer en langue anglaise sans problème et qui possédait une solide réputation internationale. Brillant et subtil dans ce rôle de vieux juge, ce sera malheureusement son dernier film puisqu'il décèdera en cette même année de 1969 à 81 ans.
Le film offre également un rôle assez taciturne et mystérieux à un certain Glauco Onorato, qui venait de se faire un nom avec le succès télévisé de Les Fiancés (1967), adapté de la célèbre œuvre de Manzoni. Bien entendu, la plupart d'entre vous savent déjà que Glauco Onorato était également un très grand comédien du doublage italien et qu'il était aussi célèbre pour être la voix officielle de Bud Spencer dans ses films. Son personnage de Finch étant peu bavard, il put à cette occasion se doubler lui-même en plus du géant napolitain. Il prit tout de même le soin de se doubler de manière un peu plus légère, afin de ne pas perturber les spectateurs italien. On se rappellera que lorsqu'il avait joué dans le navrant Deux super cow-boys (1975), il n'avait pu se doubler lui-même, car il était chargé de doubler Paul Smith, le faux Bud Spencer du film, afin que l'illusion ne soit que plus grande. Son rôle était plus bavard, cela aurait été bizarre d'avoir deux personnages importants avoir la même voix. Glauco Onorato ne s'était pas doublé non plus dans W Django (1971), car il s'était disputé avec le réalisateur Edoardo Mulargia qui, pour le punir, l'avait fait doubler par Ferrucio Amendola, la célèbre voix romaine de Tomas Milian dans la plupart de ses films. Et oui, c'est aussi ça le cinéma italien : des acteurs italiens qui doublent d'autres acteurs italiens mais qui ne se doublent pas forcément eux-mêmes !
Puisqu'on en est à parler du doublage italien, si Pino Locchi deviendra par la suite la voix quasi indissociable de Terence Hill en Italie, sur la trilogie de Giuseppe Colizzi, c'était Sergio Grazziani qui le doublait. Mais on a tout de même l'occasion d'entendre Pino Locchi sur La Colline a des bottes, puisqu'il double le personnage de McGavin, joué par l'américain Wayde Preston (VF : Edmond Bernard). Glauco Onorato et Pino Locchi étaient encore plus inséparables que Terence Hill et Bud Spencer, en fait. Pour les curieux, vous pouvez admirer sur cette vidéo ces deux sommités du doublage italien dans une émission italienne (non sous-titré).
La Collines des bottes - qui a récupéré le titre initialement prévu par Leone pour Le Bon, la Brute, le Truand - remporta, comme les deux premiers épisodes, un très grand succès. Il se plaça 9eme au box-office italien de la saison 1969-1970, tout en étant également le western numéro 1 de cette même saison. Ce n'était pas un mince exploit, car le genre était en train de perdre les faveurs du public. Le second western de la saison ne se plaça d'ailleurs qu'à la 18eme place et n'était même pas italien, puisqu'il s'agissait d'Un homme nommé cheval de Elliot Silverstein. Le second western italien, l'excellent Texas de Tonino Valerii, était quand à lui 23eme, et le gros calibre qu'était pourtant le premier Sabata de Gianfranco Parolini, bien qu'ayant remporté un beau succès, ne se hissa pas plus haut qu'à la 28eme place. Et pourtant, La Colline des bottes est généralement l'opus le moins apprécié de la trilogie. Cela veut-il forcément dire qu'il s'agit du moins bon western de Colizzi ? Pas forcément. Mais essayons d'analyser un peu ça.
Force est de reconnaître que Colizzi affine de plus en plus sa réalisation et que certaines scènes sont proches de la perfection. Je pense par exemple à celle où le cirque met en place un spectacle ayant pour but d'amener les mineurs à se rebeller contre leurs oppresseurs. Par une mise en abime extraordinaire et une science du montage qui frise le génie, le spectateur découvre avec eux ce que les mineurs réalisent ce qu'ils sont en train de voir, les personnages fictifs du spectacle se transformant petit à petit en ces vrais personnages qu'ils sont censé représenter. La scène a des allures burlesque, les gifles pleuvent, mais tout ceci cache en réalité une incroyable finesse et une grande originalité. En quelques instants, toute la situation est résumée, Colizzi fait autant appel à l'intelligence des mineurs qu'à celle des spectateurs pour faire avancer son film. La vraie claque, c'est nous qui la prenons. Du grand Colizzi.
Mais voilà... Si le film est si souvent rejeté, c'est peut-être aussi parce qu'il se démarque non seulement des westerns européens de l'époque, mais également des deux premiers westerns de Colizzi. Quand on a signé deux énormes succès au box office, on devient un réalisateur qui compte et on gagne une certaine indépendance. Colizzi avait donc les mains libres et ne souhaitait pas se répéter. Il fit donc tout pour sortir de certains archétypes du western italien et donner une dimension plus artistique et moins commerciale à son œuvre, quitte à dérouter.
Bien que la musique soit composée comme pour les deux précédents opus par Carlo Rustichelli, on sent une grande rupture dès le générique, le film s'ouvrant sur une musique Jazz inhabituelle pour le genre, ce qui à de quoi surprendre le spectateur. Et si le générique italien présente fièrement le film comme celui qui réunit encore les deux nouvelles coqueluches du western italien, la première chose que Colizzi ose faire, c'est justement de séparer Terence Hill et Bud Spencer ! Souvenez, Les 4 de l'Avé Maria était dans la continuité directe de la fin de Dieu pardonne... moi pas ! Cette fois, il semble s'être passé pas mal de temps depuis le dernier film et les deux compères se sont visiblement séparés. Comme je l'ai annoncé plus haut, il faudra beaucoup de temps avant que Bud Spencer n'apparaisse enfin à l'écran. De plus, lorsqu'on le retrouvera enfin, son allure aura bien changé par rapport aux deux premiers films, il ne sera plus habillé de sa fourrure de "chien" si caractéristique, et il nous fera plus penser à un Bambino (le fameux frère de Trinita) avant l'heure. Pire, il semblera avoir fait des "infidélités" à son Cat, puisqu'on le découvrira désormais "en ménage" avec un George Eastman tout blond, qui pourrait tout aussi bien passer pour son fils... ou son "compagnon". Oui, oui, vous m'avez bien compris. Ce n'est bien entendu pas mentionné clairement, mais cette connotation homosexuelle semble assez évidente. Comment par exemple ne pas voir de la jalousie chez Bud Spencer lorsqu'il surprend George Eastman en train de reluquer les filles du cirque ? Si ça, c'est pas couillu ! On ne peut pas dire que ça amène quoi que ce soit à l'intrigue, mais c'est une manière pour Colizzi de parler des marginaux de la société, chose qu'il aimait toujours faire dans ses films. Et même si Bud Spencer se rapprochera par la suite du Hutch que l'on connaît, son rôle demeurera plus décoratif qu'autre chose, comme si, passée cette réunion tant attendue, Colizzi ne savait plus quoi faire de son personnage. Il lui réservera tout de même son moment de gloire dans une bagarre de saloon burlesque qui, à mon humble avis, n'a rien à faire dans le film et gâche même en partie une fin qui était jusqu'ici extrêmement soignée et emballante.
Autre choix surprenant : durant le premier tiers du film, il fait de Cat Stevens, l'indestructible héros des deux premiers opus, une proie, un être blessé et faible qui doit passer son temps à fuir et se cacher. Comme Hutch, on finira par vraiment retrouver le personnage, juste avant qu'ils ne soient réunis. En attendant ce moment, c'est le personnage de Woody Strode qui prendra la place d'homme fort et de héros du film. Comme je le disais plus haut, Colizzi aimait parler des marginaux et les mettre en avant, ce qu'étaient notamment les hommes de couleurs dans l'Ouest sauvage et peut-être même encore à l'époque du film, surtout en Italie qui était toujours un peu raciste, n'ayons pas peur des mots. Très attiré par le monde du cirque - on se souvient d'ailleurs du funambule joué par le comédien, comme par hasard noir, Brock Peters dans Les 4 de l'Avé Maria - le réalisateur consacre à cet univers une place essentielle à son nouveau film, ceci afin de lui permettre entre autre de justifier la présence de personnages noirs de grande envergure, ainsi que celle d'autres personnages atypiques tels que les nains qui ne sont pas uniquement là pour amuser la galerie. En effet, sans spoiler, s'ils se font discrets, les nains participent aussi activement au déroulement de l'histoire, l'un d'eux le fera par exemple car son physique lui permettra de passer par une cheminée de manière discrète... Bref, contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là, le choix d'implanter ce western dans l'univers du cirque n'a rien de gratuit, c'est un élément fondamental, justement.
Le film use donc de nombreux choix aussi forts qu'atypiques, mais c'est un peu à double tranchant. Car le spectateur s'attend à retrouver les deux héros qu'il a appris à aimer dans les films précédents (ou pire, comme il les connaîtra dans les futures comédies) et voilà qu'à la place, Colizzi lui offre une histoire remplie de "freaks", qui prend son temps, avec un de ses héros qui est devenu une véritable victime, tandis que l'autre est absent car il préfère désormais pêcher et passer du bon temps avec un nouveau "partner" ! De plus, force est de constater que le surplus de budget n'est pas des plus probant, le second opus, Les 4 de l'Avé Maria, semblant plus riche et spectaculaire avec ces nombreuses fusillades et explosions.
Tout ceci peut expliquer pourquoi La Colline des bottes rebute tant de spectateurs, que ce soit les fans du célèbre duo que les fans de westerns italiens. Ce n'est tout simplement pas le film auquel il s'attendaient de voir, mais une expérimentation, très courageuse, de son réalisateur qui envoya au diable presque toutes considérations commerciales pour nous présenter quelque chose de différent, à l'image de ses nombreux personnages étranges qui pullulent dans son film. Mais lorsque l'on voit comment le film a été réexploité partout dans le monde, y compris en Italie et encore aujourd'hui, en essayant de le faire passer pour une comédie légère et bon enfant dans la lignée des Trinita et compagnie, il ne faut guère s'étonner non plus. Les Allemands sortirent même un montage spécial qu'ils firent redoubler
avec des dialogues plus comiques, ce montage et ce
doublage se trouvent d'ailleurs sur l'édition Blu-ray. En France, le film était ressorti au cinéma sous le titre Trinita va tout casser,
et c'est sous ce titre qu'il fut commercialisé en DVD dans les
années 2000. Avec sa jaquette Fluide glaciale complètement H.S., cela n'a pas franchement aidé le film à retrouver le
véritable public auquel il s'adressait. Encore une fois, beaucoup ont dû s'attendre à voir
une pure comédie et n'ont pu être que surpris et déçus de se
retrouver face à un western violent, sec, désespéré et limite
expérimental. Et si la dernière édition allemande est sortie avec une jaquette humoristique hors de propos, cette même excellente édition est également sortie avec l'affiche sérieuse. Et justement, que d'affiches et de titres mensongés pour le pauvre film de Colizzi ! Ça n'a
amené que plus de confusion et il n'en est devenu que plus
incompris.
Si certaines affiches sont plutôt sympas,
elles n'en demeurent pas moins de véritables foutages de gueule.
Ceci dit, il est vrai aussi que tout n'est pas parfait dans le film. Le script de Colizzi peut parfois paraitre un peu bancal et il n'est pas rare d'y sentir quelques trous ici et là. Le film multiplie sans doute un peu trop les rôles secondaires qui finissent du coup par avoir un peu de mal à trouver leur place au sein du film. Certains personnages paraissent seulement effleurés, comme celui de Sharp ou la famille McGavin qui me semble bien mal exploités. Même le grand méchant Fisher n'a pas le temps de vraiment exprimer son potentiel. La fin semble également un peu précipitée, alors qu'elle est précédée par une formidable fusillade qui est elle-même précédée par une autre scène grandiose, celle du spectacle. Certaines personnes affirment avoir vu une version où l'on verrait Ficher se faire pendre par la population à la fin, mais je n'ai rien trouvé à ce sujet. Fantasme ou réalité, difficile à dire, car on sait à quel point les montages de films italiens peuvent nous réserver des surprises selon les copies.
De plus, si Giuseppe Colizzi a prouvé avec ses films suivants, Maintenant on l'appelle Plata et Joe et Margherito arrivent (1974) qu'il maîtrisait parfaitement l'art de la comédie, ici certains passages humoristiques détonnent un peu trop avec la tonalité sombre et étouffante du film, à l'image de cette fameuse bagarre de saloon dont je vous ai déjà parlé et qui ressemble à l'une des rares concessions commerciales de Colizzi sur son film. S'il avait fallu couper quelque chose, ce serait bien ça pour moi.
Il y a peut-être une autre raison qui font que le film puisse parfois paraître un peu bancal. C'est peu connu, mais la réalisation du film a été initialement à confiée à Romolo Guerrieri, bien que le film ait toujours été coproduit par Giuseppe Colizzi, car cela restait quand même son bébé. Guerrieri avait même tourné quelques scènes (les premières dans le cirque), avant que les distributeurs ne décident de le renvoyer. Sans doute ont-ils jugé, à juste titre, que le simple nom de Colizzi était bien plus vendeur et qu'il valait mieux qu'il termine lui-même sa trilogie. Qui sait à quoi aurait ressemblé le film si Guerrieri l'avait réalisé ? Ce dernier n'était pas non plus manchot, je rappelle qu'on lui devait déjà quand même les westerns Johnny Yuma (1966), Le Temps des vautours (1967), le Giallo L'adorable corps de Deborah (1968) ou encore l'excellent policier Exécutions - Un Détective (1969) à venir très bientôt chez Artus, dans une édition sur laquelle j'ai eu l'honneur de travailler et que je vous conseille de ne pas laisser échapper si vous aimez les histoires à la Raymond Chandler. En tout cas, il n'est pas impossible de se dire que le changement soudain de réalisateur a peut-être amené à revoir un peu les plans initiaux. Certains disent d'ailleurs que Bud Spencer n'était pas prévu à la base, ce qui pourrait expliquer que son rôle soit si en retrait et qu'il finisse même par parasiter celui de Woody Strode dans la deuxième partie du film. Bref, j'ai beau adorer le film, difficile de nier certains défauts qui l'empêchent de s'élever plus haut encore.
Au final La Colline des bottes est un spectacle des plus qualitatifs, largement au-dessus de la moyenne, mais qu'il ne faut pas prendre pour ce qu'il n'est pas. J'espère que ma présentation permettra d'ailleurs à certains sceptiques de lui redonner sa chance et de le visionner sous un bon angle.
Ce serait le bon moment pour vous quitter, mais je n'ai pas encore vraiment parlé de la VF du film. Vous avez compris avec les noms que j'ai cité petit à petit qu'elle était tout sauf dégueulasse. C'est même une très très bonne VF. Bien entendu, on peut être déçu de voir que Terence Hill n'a jamais été doublé par le même comédien français dans la trilogie, contrairement à Bud Spencer qui lui a toujours conserverson fidèle Claude Bertrand. Mais au moins, il a été à chaque fois très bien doublé, et la voix de Daniel Gall convient très bien ici à un Terence Hill aussi sérieux et ténébreux. Notons toute de même qu'il n'aura plus jamais plus l'occasion de le doubler à nouveau. À part ça, que dire si ce n'est que la VF est très soignée et que certains comédiens d'un grand calibre, comme Perette Pradier ou Gérard Hernandez, n'y sont présents que pour quelques tirades à peine, ce qui prouve que même pour les tous petits rôles, on a tenu à soigner le doublage. À part le petit couac avec "Le Père Tobias" et sa voix qui change subitement, difficile de faire de véritables reproches à ce doublage signé par la production Jacques Willemetz.
Ce n'est pas que j'en ai plein les bottes, mais je crois que cette fois, on a terminé de gravir la colline et que je peux enfin vous souhaiter un bon film, une bonne (re)découverte, ainsi que de bonnes fêtes à tous. Et si vous avez envie de jouer un peu les Père Noël pour votre serviteur, je me permets de vous rappeler que vous avez la possibilité de me faire un gros petit don via mon adresse paypal : indianagilles@hotmail.com. Mais encore une fois, je sais que les temps comme les œufs sont durs, donc je n'aurai pas les boules, contrairement à mon sapin, si vous n'en faites pas, et je ne vais pas vous enguirlander pour autant, contrairement à mon sapin. À défaut, un merci et un joli commentaire seront très bien aussi et rondement appréciés. Et c'est sur ces derniers calembours de haute volée que je vous abandonne entre les mains de nos amis Terence Hill et Bud Spencer.
Encore bonnes fêtes et à l'année prochaine !
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Merci d'avance.
génial comme d'habitude,merci. joyeux noel et très bonne année.
RépondreSupprimerSuper merci et bonnes fêtes
RépondreSupprimermerci etjoyeux noel
RépondreSupprimerMerci bcp pour cette version intégrale et joyeuses fêtes à toi.
RépondreSupprimerA l'année prochaine.
Merci ! Et joyeux Noël !
RépondreSupprimerMerci pour ce très bon film et pour le partage pour le taf et passe de très bonnes fêtes
RépondreSupprimerSi çà ce n'est pas de la présentation, je ne m'y connais pas !
RépondreSupprimerQuant à ce western, contrairement à bon nombre d'avis contraires, c'est mon préféré de la trilogie.
Selon moi, c'est le film qui met le plus en valeur les yeux de Terence Hill. Pour l'anecdote, il faut savoir que Jean Gabin estime qu'il doit une grande partie de sa carrière à ses yeux bleus. Mais comme nous le savons, chez les Tout Grands, qu'importe la couleur. Ils irradient la pellicule par leur seule présence.
En tout cas, c'est un superbe cadeau de Noël que tu nous offres là. Lequel je l'espère sera apprécié à sa juste valeur.
Bonnes fêtes et à bientôt pour d'autres trésors du cinéma italien.
C'est pas pour rien que Gabin disait "T'as de bôôô yeux tu saaais ?"
Supprimerbravo pour le travail admirable et la merci pour la présentation épique, indy, et de très bonne fêtes !
RépondreSupprimerUn joyeux Noël et merci pour ce magnifique cadeau !
RépondreSupprimerJoyeux Noël ! Merci beaucoup pour ce partage.
RépondreSupprimerMerci est Joyeux Noel .
RépondreSupprimerC'est une véritable découverte pour moi, un film avec le duo Terence Hill/Bud Spencer sans que ce dernier ne passe en premier plan avec T.H. Et en plus deux versions différentes exploitées. Quelle drôle d'idée! Chapeau bien bas à Mr. indianagilles pour le travail doublement accompli. Je vous souhaite un merveilleux Noël et une bonne année!! Merci
RépondreSupprimerMerci a toi l'ami du partage pour cet belle MAJ.
RépondreSupprimerDe joyeuses fêtes a toi et a tout tes users.
Quel beau cadeau de Noël, merci! J'ai la trilogie en dvd (dont celui avec le dessin fluide glacial) depuis longtemps mais je ne l'ai encore jamais regardée. A l'époque je ne connaissais pas encore la caverne d'Ali Baba ici présente. Je suis donc heureux de savoir que je vais bientôt admirer cette trilogie dans d'inespérées conditions ultimes!
RépondreSupprimerPour moi ce sera donc la version intégrale en priorité... mais aussi la VF par gourmandise! Je surveillerai ma ligne après les fêtes.
Merci pour cette superbe édition ! :)
RépondreSupprimeret Joyeux Noël !
Supprimerun gros merci et des joyeuses fetes
RépondreSupprimerMerci infiniment Indy pour cette belle découverte (en ce qui me concerne) et passe de joyeuses fêtes !
RépondreSupprimerBonjour, merci beaucoup pour ces perles,je viens de prendre celui et le Baldi "Le Dernier des salauds", en revanche j'ai un poblème à chaque fois en fin d'extraction. Pouvez vous m'éclairer, je suis sous macbook et Unarchiever me demande en plus du MP (normal ça) la façon (pays etc) comment extraire le fichier, ça merde bug et chaque fois en fin d'extraction.. Merci. bonnes fêtes.
RépondreSupprimerJe dois t'avouer que les Mac ont parfois ce genre de problème et, n'en ayant pas moi-même, je ne sais pas vraiment comment y remédier. A part essayer de mettre à jour le logiciel de décompression ou de le changer, je ne saurais trop comment te dire de procéder. En tout cas, il n'a rien de plus ou de moins que les autres archives. Si tu as un PC ou quelqu'un qui a un PC, tu peux essayer de le décompresser dessus. Il y a aussi la possibilité, je crois, d'installer un émulateur de PC (windows ou autres) qui peut permettre d'installer des logiciels comme Winrar ou 7zip qui ne sont, à priori, par dispo sur Mac.
SupprimerMerci pour ce beau repack trois étoiles.
RépondreSupprimerEt pour ceux qui le désire, la B.O de Rusticelli :
https://download-soundtracks.com/movie_soundtracks/la-collina-degli-stivali-soundtrack-by-carlo-rustichelli/
Excellente initiative, Jacques!
SupprimerJ'ai pas songé à la proposer.
Au fait, du même Rustichelli, je recherche la BO de "Chacun pour soi". A-t'elle été éditée ?
Pas à ma connaissance. Mais on commence à trouver de plus en plus certaines BO de Rustichelli, mais aussi de Cipriani, ce qui n'était pas le cas auparavant. Peut-être que prochainement ...
SupprimerGrand merci à toi, tes repacks sont impressionnants ! Bonne fin d'année !
RépondreSupprimerRevu cette année, du coup je me met la version intégrale de côté pour une prochaine fois. Merci beaucoup et bonnes fêtes.
RépondreSupprimerun grand merci pour ce post précieux et aussi pour toutes les infos de contexte qui sont la marque de fabrique de ce super blog. Trés bonnes fêtes et bravo pour le boulot, respect !
RépondreSupprimerTu nous gates encore !
Merci et bravo !
RépondreSupprimerHello, Bonnes Fêtes et merci pour cette version intégrale que je crois n'avoir jamais vue. J'espère qu'il y aura des plans inédits de Bud Spencer avec un requin...! Nan...! Je déconne.
RépondreSupprimerMerci Gilles, ça nous fait un HD de plus du duo en version complète !! Il nous en manque plus beaucoup. À bientôt.
RépondreSupprimerUn tout grand merci pour ce beau cadeau l'ami !
RépondreSupprimerJason777
merci pour ce film
RépondreSupprimerUn grand merci pour cette version intégrale, en tant que grand fan de Terence Hill ça fait super plaisir de découvrir des versions alternatives. Et, mes meilleurs voeux pour 2022 Indiana !
RépondreSupprimerbonjour,
RépondreSupprimerun très grand merci pour cette version intégrale et pour la fiche de commentaire plus que bien détaillé.je vous souhaite une très bonne année 2022 indiana
john49
merci toujour au top
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